Le Nicolaïsme ou l'ascension et la croissance du clergé
26/9/2006
Le problème, reconnu il y a un siècle (pièce jointe sur le Nicolaïsme) et il y a deux millénaires (3 Jean 9) :
F. W. Grant (1834-1902) : Le Nicolaïsme — L’Ascension et la Croissance du Clergé
Quelques réflexions en réponse : Jésus est Vivant, le tombeau est vide :) — et nous devrions donc vivre comme s’Il l’était !
(« Si tu ne fais pas partie de la solution au Nicolaïsme, alors 1) tu fais partie du problème, et 2) tu n’as pas le droit d’exprimer ton opinion. » :))
Le Nicolaïsme — ou L’Ascension et la Croissance du Clergé
« Mais tu as ceci, que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, que moi aussi je hais. »
« Tu as, toi aussi, ceux qui maintiennent la doctrine des Nicolaïtes, ce que je déteste. » (Apocalypse 2:6,15).
L’adresse à Pergame suit celle à Smyrne. Cette nouvelle étape du parcours de l’Église dans son éloignement (hélas !) de la Vérité peut être facilement reconnue d’un point de vue historique. Elle s’applique à l’époque où, après avoir traversé la persécution païenne, et où la fidélité de nombreux membres à Antipas a été mise en évidence, elle a été reconnue publiquement et établie dans le monde. Le thème de cette lettre est : l’Église qui habite là où se trouve le trône de Satan. Il faut comprendre « Trône » et non « siège ». Or, Satan a son trône, non pas en enfer, qui est sa prison et où il ne règne pas du tout, mais dans le monde, où il est expressément appelé le « prince de ce monde ». Habiter là où se trouve le trône de Satan signifie s’installer dans le monde, sous le gouvernement et, pour ainsi dire, sous la protection de Satan. C’est ce que les gens appellent l’établissement de l’Église. Cela s’est produit à l’époque de Constantin.
Même si la fusion avec le monde était de plus en plus évidente depuis longtemps, c’est à ce moment-là que l’Église a pris la place de l’ancienne idolâtrie païenne. C’est ce que les gens appellent le triomphe du Christianisme, mais le résultat a été que l’Église a acquis, comme jamais auparavant, la possession sûre des choses du monde : la première place dans le monde lui appartenait, et les principes du monde l’imprégnaient partout.
Le nom même de « Pergame » nous le dit. C’est un mot (sans la particule qui lui est attachée, ce qui est significatif en soi) qui signifie en réalité « mariage », et le mariage de l’Église avant que le Christ ne vienne la recevoir pour Lui est nécessairement une infidélité envers Celui à qui elle est promise. C’est le mariage de l’Église avec le monde dont parle la lettre à Pergame -la fin d’une cour qui durait depuis longtemps.
Il y a cependant quelque chose qui précède cela et qui est mentionné dans le tout premier-discours, mais qui y est manifestement accessoire et ne caractérise pas l’état des choses. Dans le premier discours, aux Éphésiens, le Seigneur dit,« Mais tu as ceci, que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, que moi aussi je hais » (2:6). Mais maintenant, il ne s’agit plus seulement des « œuvres » des Nicolaïtes. Il n’y a plus seulement des « œuvres », mais aussi une « doctrine ». Et l’Église, au lieu de la rejeter, la soutenait. À l’époque des Éphésiens, ils détestaient les œuvres des Nicolaïtes ; mais à Pergame, ils « avaient » ceux qui soutenaient cette doctrine et ne les réprimandaient pas.
La question qui se pose maintenant est la suivante : comment devons-nous interpréter cela ? Et nous verrons que le mot « Nicolaïtes » est la seule chose dont nous disposons pour l’interpréter. On a beaucoup essayé de montrer qu’il existait une secte des Nicolaïtes, mais les auteurs actuels considèrent presque tous que cela est très douteux. On ne comprend pas non plus pourquoi, dans des lettres comme celles-ci, avec le caractère qu’on leur a vu, il y aurait une mention aussi répétée et emphatique d’une secte obscure, dont on ne sait rien ou presque, et qui semble avoir été inventée pour convenir au passage qui nous occupe. Le Seigneur la dénonce solennellement : « Ce que je déteste ». Ça doit avoir une importance particulière pour Lui et une signification capitale dans l’histoire de l’Église, même si on la comprend mal. Et il faut aussi se rappeler que la Bible ne nous renvoie pas à l’histoire de l’église, ni à aucune autre histoire, pour interpréter ce qu’elle dit. La Parole de Dieu s’interprète elle-même, et on n’a pas besoin d’aller ailleurs pour comprendre ce qu’elle dit. Sinon, ça devient une question d’érudits qui cherchent et trouvent des choses pour ceux qui n’ont pas les mêmes moyens ou capacités, ce qui aboutit à des applications qui doivent être acceptées sur la seule base de leur autorité. C’est quelque chose qu’Il ne laisserait pas à Son peuple. En plus, c’est la manière habituelle dans les Écritures, et surtout dans les passages à caractère symbolique, comme celui qui nous occupe, que les noms aient une signification. Je n’ai pas besoin de vous rappeler à quel point c’est le cas dans l’Ancien Testament. Et dans le Nouveau Testament, bien que cela soit moins remarqué, je ne peux douter qu’il en soit de même tout au long du texte.
Ici, si on se contente du nom, celui-ci est suffisamment surprenant et instructif. Bien sûr, pour ceux qui parlaient la langue utilisée, la signification n’était pas du tout cachée ou obscure, mais aussi évidente que les noms dans les allégories de Bunyan. Ça veut donc dire « Conquérir le peuple ». La dernière partie du mot (« Laos ») est le mot utilisé en grec pour « le peuple », et c’est le mot dont est dérivé le terme couramment utilisé « Laïcs ». Les Nicolaïtes étaient simplement ceux qui « assujettissaient — opprimaient — les laïcs », la masse du peuple Chrétien, afin de les dominer indûment.
Ce qui rend cela plus clair, c’est le fait que, parallèlement aux Nicolaïtes dans la lettre à Pergame, nous avons ceux qui adhèrent à la doctrine de Balaam, un nom dont la similitude de sens a été remarquée par beaucoup. « Balaam » est un mot Hébreu, alors que l’autre mot est Grec. Mais sa signification est « Destructeur du peuple », un nom très significatif compte tenu de l’histoire de Balaam. Et tout comme nous lisons à propos de la « doctrine des Nicolaïtes », nous lisons également à propos d’une « doctrine de Balaam ».
Vous vous souvenez de ce qu’il a « enseigné » à Balak. La doctrine de Balaam était « de mettre une pierre d’achoppement devant les enfants d’Israël, de manger des choses sacrifiées aux idoles et de se livrer à la fornication ». Pour cela, il les a incités à se mélanger avec les nations, dont Dieu les avait soigneusement séparés. La destruction de cette séparation nécessaire était leur perte, quel que soit le degré de réussite. De la même manière, on a vu que l’Église devait être appelée hors du monde, et il est trop facile d’appliquer le même symbolisme divin dans ce cas. Mais ici, on a un peuple certes symbolique, avec un nom tout aussi significatif, et dans un lien si étroit qu’il confirme naturellement la lecture du mot similaire « Nicolaïtes », comme étant tout aussi significatif. On pourra en parler plus en détail une autre fois, si ça semble opportun.
Pour l’instant, notons le développement du Nicolaïsme. Il s’agit tout d’abord de certaines personnes qui ont ce caractère et qui (je ne fais que traduire le mot) commencent par prendre la place de supérieurs au-dessus du peuple. Leurs « actes » montrent ce qu’ils sont. Il n’y a pas encore de « doctrine », pas au début, mais ça finit à Pergame avec la doctrine des Nicolaïtes. Cette position de supériorité est désormais considérée comme leur appartenant de droit. Il y a une doctrine-un enseignement- à ce sujet, accepté au moins par certains, et auquel l’Église dans son ensemble -voire l’Église tout entière -est devenue indifférente.
Que s’est-il passé entre ces deux choses, après les « œuvres » et avant la « doctrine » ? C’est l’émergence d’une faction que le Seigneur désigne comme ceux qui se disaient Juifs et ne l’étaient pas, mais qui étaient la synagogue de Satan : la tentative (hélas trop réussie) de l’adversaire de Judaïser l’Église.
Vous connaissez peut-être déjà certaines caractéristiques du Judaïsme. C’était un système probatoire, une sorte de période d’essai, au cours de laquelle il fallait voir si l’homme pouvait produire une justice pour Dieu. Nous savons comment l’essai s’est terminé, et que Dieu a déclaré « nul n’est juste -pas même un seul ». Et puis, on a vu que seul Dieu pouvait manifester Sa grâce. Tant qu’Il mettait l’homme à l’épreuve, Il ne pouvait pas ouvrir la voie vers Sa propre présence et y justifier le pécheur. Tant que cette épreuve durait, Il devait l’exclure. Après tout, sur ce terrain, personne ne pouvait voir Dieu et vivre.
Or, l’essence même du Christianisme est que tous sont les bienvenus. La porte est ouverte et l’accès est libre, le sang de Christ donnant à chacun, quel que soit son degré de péché, le droit de s’approcher de Dieu. Tout d’abord, cela permet au pécheur de trouver, par Sa main, la justification en tant qu’impie. Voir Dieu en Christ, ce n’est pas mourir, mais vivre. Et quelle est, en outre, la conséquence de cela ? Les gens qui sont venus à Lui de cette manière -ceux qui ont trouvé le chemin d’accès à Sa présence par le sang qui apporte la paix, ceux qui ont appris ce qu’est Dieu en Christ et qui ont été justifiés devant Dieu -peuvent prendre, et sont enseignés à prendre, une place distincte de tous les autres. Car maintenant, ils sont à Lui, enfants du Père, membres du Christ. Ils sont Son corps. C’est l’Église, un corps appelé, séparé du monde.
Le Judaïsme, en revanche, mélangeait nécessairement tout. Personne ne pouvait y occuper une telle place auprès de Dieu. Personne ne pouvait crier « Abba, Père ». Pas vraiment. Il ne pouvait donc y avoir aucune séparation. Ce mélange des choses était donc nécessaire, et venait sans aucun doute de Dieu. Mais maintenant, le Judaïsme étant rétabli, après que Dieu l’ait aboli... Il était inutile, tout à fait inutile d’insister sur le fait qu’il venait autrefois de Lui. Le rétablir était l’œuvre trop réussie de l’ennemi contre Son évangile et contre Son Église. Il qualifie ces Judaïsants de « synagogue de Satan ».
Maintenant, on comprend tout de suite que lorsque l’Église dans son vrai caractère a été pratiquement perdue de vue, lorsque les « membres de l’Église » désignaient des personnes baptisées par l’eau (ou assistant à des « cultes » ou participant à des programmes ou contribuant financièrement ou...) sans nécessairement être baptisées par le Saint-Esprit, alors, bien sûr, la synagogue Juive a été pratiquement rétablie partout. Il est devenu de plus en plus impossible de parler de Chrétiens en paix avec Dieu ou sauvés. Ils espéraient être sauvés, les sacrements et les ordonnances devenant les moyens de grâce pour assurer, autant que possible, un lointain salut.
Voyons dans quelle mesure cela aiderait la doctrine des Nicolaïtes. Il est évident que lorsque l’Église s’est enfoncée dans la synagogue, le peuple Chrétien est pratiquement devenu tout ce qu’avait été le peuple juif d’autrefois. Or, quelle était cette position ? Comme je l’ai dit, il n’y avait pas de véritable rapprochement avec Dieu. Même le grand prêtre (symbole du Christ) qui entrait dans le Saint des Saints une fois par an, le jour du Grand Pardon, devait couvrir le propitiatoire d’un nuage d’encens pour ne pas mourir. Mais les prêtres ordinaires ne pouvaient pas y entrer du tout. Ils ne pouvaient entrer que dans le Saint Lieu extérieur, tandis que le peuple en général ne pouvait même pas y entrer. Et ça avait été fait exprès pour montrer leur condition. C’était le résultat de leur échec. Car l’offre que Dieu leur avait faite, que vous pouvez trouver dans le chapitre 19 de l’Exode, était la suivante : « Maintenant, si vous obéissez à Ma voix et si vous gardez Mon alliance, vous serez pour Moi un trésor particulier parmi tous les peuples, car toute la terre M’appartient ; vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte. »
On leur a donc offert, sous certaines conditions, un accès égal à Dieu-ils devaient tous être prêtres. Mais cette offre a été retirée, car ils ont rompu l’alliance. Une famille spéciale a alors été mise à la place des prêtres, et le reste du peuple a été relégué au second plan, ne pouvant s’approcher de Dieu que par l’intermédiaire de ces prêtres.
Ainsi, un sacerdoce distinct et intermédiaire caractérisait le Judaïsme, tandis que, d’un autre côté, pour la même raison, les nombreux dons de l’Esprit qui sont en Christ étaient complètement absents parmi le peuple. Il n’y avait pas « d’encouragement et d’exhortation mutuels quotidiens », ni aucune disposition, aucun commandement, pour partager la loi avec les autres. Que pouvaient-ils dire, en fait ? Que Dieu était dans l’obscurité épaisse ? Que personne ne pouvait Le voir et vivre ? Il est évident qu’il n’y avait pas de « bonne nouvelle » là-dedans. Le Judaïsme n’avait pas de véritable évangile. L’absence des dons et de la personnalité du Christ distribués parmi Son peuple, et la présence du sacerdoce intermédiaire, racontaient la même histoire triste. Ils étaient en parfaite harmonie l’un avec l’autre.
Tel était le Judaïsme. Quelle différence avec le Christianisme ! Dès que la mort de Christ a déchiré le voile, ouvrant un accès à la présence de Dieu, il y a eu immédiatement une bonne nouvelle à annoncer. Et le nouvel ordre était, « Allez dans le monde entier et annoncez la bonne nouvelle à toute la création. » Dieu se fait connaître, et « est-Il seulement le Dieu des Juifs ? » Peut-on limiter tout cela aux frontières d’une nation ? Non ! La fermentation du vin nouveau ferait éclater les bouteilles.
En même temps, le sacerdoce intermédiaire a été supprimé, car tous les Chrétiens sont désormais prêtres pour Dieu. Ce qui était offert sous condition à Israël est maintenant une réalité accomplie dans le Christianisme. On est maintenant un royaume de prêtres. Ce n’est pas un hasard si, dans la sagesse de Dieu, c’est Pierre (le même Pierre que beaucoup saluent à tort comme le grand chef du ritualisme ordonné) qui, dans sa première lettre, annonce les deux choses mêmes qui détruisent le ritualisme à la racine, pour tous ceux qui choisissent de le croire. D’abord, Pierre dit qu’on est « nés de nouveau », pas par un rituel, mais « par la parole de Dieu qui vit et demeure éternellement », et c’est « la parole qui vous est annoncée par la bonne nouvelle ». Ensuite, au lieu de s’adresser à un groupe de prêtres, il dit à tous les Chrétiens : « Vous aussi, comme des pierres vivantes, vous êtes édifiés en une maison spirituelle, un sacerdoce saint, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ » (2:5). Les sacrifices sont spirituels, y compris la louange et l’action de grâce, ainsi que nos vies et nos corps (Hébreux 13:15, 16 ; Romains 12:1). Mais ça doit être pour nous un vrai travail sacerdotal, et c’est là que nos vies prennent leur caractère propre. Toute notre vie doit être un service d’offrande d’actions de grâces de ceux qui peuvent s’approcher de Dieu.
Dans le Judaïsme, je le répète, personne ne s’approchait vraiment, mais le peuple – les laïcs (ce qui n’est en fait rien d’autre qu’un mot Grec traduit en Anglais) – le peuple ne pouvait même pas s’approcher autant que le prêtre. Et ce même type de classe sociale sacerdotale, où qu’elle se trouve, a la même signification aujourd’hui. Il n’y a aucun moyen pour l’ensemble du peuple de s’approcher. Cela veut dire éloignement de Dieu et ténèbres-Dieu, exclu de Son propre peuple.
Voyons maintenant ce que signifie le mot « clergé ». De nos jours, comme depuis de nombreuses générations, c’est le mot qui désigne spécifiquement une classe de personnes distincte des « laïcs ». Ce groupe se distingue par son dévouement aux choses sacrées et par le fait qu’il occupe une place privilégiée par rapport aux laïcs. Il ne fait aucun doute qu’à l’heure actuelle, cette place spéciale est de plus en plus remise en cause, pour deux raisons. La première est que Dieu a donné la lumière et que, du moins chez les Protestants, l’Écriture s’oppose à la tradition, la modifiant même lorsqu’elle ne la détruit pas. La seconde raison est purement humaine-nous vivons à une époque démocratique, où les privilèges de classe sont en train de disparaître.
Mais qu’est-ce que ça veut dire d’avoir cette classe de personnes ? Évidemment, si les Écritures ne justifient pas leur revendication, alors se distinguer ainsi des laïcs et se donner des privilèges supérieurs à ceux de tous les autres, c’est du Nicolaïsme pur et simple. Car alors, les laïcs leur sont soumis, et c’est exactement ce que veut dire ce terme. Les Écritures utilisent-elles donc ces termes d’une manière qui justifie leur pratique aujourd’hui ? Il est clair que non. De telles choses sont, en ce qui concerne le Nouveau Testament, une invention qui est apparue beaucoup plus tard. On peut toutefois admettre qu’elles ont en fait été importées d’une source plus ancienne que le Nouveau Testament -à savoir le Judaïsme avec lequel l’Église (comme on l’a vu) a rapidement été imprégnée.
Mais on doit voir les principes importants en jeu, pour comprendre pourquoi le Seigneur a (comme Il devait le faire) dit à propos des actes des Nicolaïtes, « Ce que je déteste aussi. » Nous aussi, si nous voulons être en communion avec le Seigneur à ce sujet, devons détester ce qu’Il déteste. Je ne parle pas de détester les gens. Je parle d’une chose. Malheureusement pour nous, nous sommes à la fin d’une longue série d’éloignements de Dieu et, par conséquent, nous grandissons au milieu de nombreuses choses qui nous sont transmises comme des « traditions des anciens », associées à des noms que beaucoup d’entre nous vénèrent et aiment, sur l’autorité desquels nous les avons en réalité acceptées, sans jamais les avoir vraiment examinées à la lumière de la présence de Dieu. Et donc, il y a beaucoup de gens que nous reconnaissons volontiers comme de véritables hommes de Dieu et serviteurs de Dieu dans une position fausse. C’est de cette position dont je parle. Je parle d’une chose, comme le Seigneur le fait : « Ce que je déteste ». Il ne dit pas : « Ce sont les gens que je déteste ». Même si, à l’époque, ce genre de mal n’était pas un héritage, comme c’est le cas aujourd’hui, et que les premiers propagateurs de ce mal avaient bien sûr une responsabilité qui leur était propre, même s’ils se trompaient eux-mêmes. Néanmoins, dans ce domaine comme dans tous les autres, nous n’avons pas à avoir honte ni à craindre d’être là où se trouve le Seigneur. En fait, on ne peut pas être avec Lui dans ce domaine si on ne l’est pas. Et Il dit du Nicolaïsme : « Ce que je déteste ».
Car qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie un regroupement social spirituel, ou une classe, un ensemble de personnes ayant un droit officiel à la direction dans les choses spirituelles. Cela signifie une proximité avec Dieu dérivée d’une position officielle, et non d’un pouvoir spirituel. Cela signifie, en fait, la renaissance (sous d’autres noms et avec diverses modifications) de ce même sacerdoce intermédiaire qui distinguait le Judaïsme et que le Christianisme rejette catégoriquement. C’est ce que signifie le clergé. Et contrairement à ces gens, les autres Chrétiens ne sont que des laïcs, des profanes, qui doivent être replacés dans cette ancienne distance, plus ou moins, que la croix du Christ a abolie.
On comprend alors pourquoi il était nécessaire que l’Église soit Judaïsée avant que les actes des Nicolaïtes puissent mûrir en une « doctrine ». Après tout, le Seigneur avait même autorisé l’obéissance aux scribes et aux Pharisiens assis sur le siège de Moïse. Donc, pour que ce texte s’applique aujourd’hui, comme les gens l’appliquent maintenant, il fallait bien sûr que le siège de Moïse soit installé dans l’Église Chrétienne. Une fois cela fait, et la masse des Chrétiens écartée du sacerdoce dont parlait Pierre et rabaissée au rang de simples « membres laïcs », la doctrine des Nicolaïtes fut immédiatement établie.
Ne vous méprenez pas. Cela ne nie en aucun cas le fait que, lorsque Jésus « est monté au ciel, Il a donné des dons aux hommes », ou que « c’est Lui qui a donné à certains d’être apôtres, à certains prophètes, à certains évangélistes, à certains pasteurs et enseignants » dans le but de préparer le peuple de Dieu à « des œuvres de service, afin que le corps du Christ soit édifié ». Ces choses sont bien plus importantes que la plupart des gens ne le pensent, et les Écritures enseignent clairement que tous ne sont pas apôtres, tous ne sont pas prophètes, tous ne sont pas enseignants... (1 Corinthiens 12). Et pourtant, le fonctionnement de ces dons, la mise en pratique de ces expressions du caractère et de la personnalité de Jésus au sein du corps du Christ, a toujours été, tout au long du Nouveau Testament, celui de frères vivant parmi des frères -jamais celui de personnes régnant sur le peuple. Et le résultat final était toujours « que le corps du Christ soit édifié », et non pas écrasé et empêché de fonctionner dans le reste des dons venus d’en haut. Le système misérable que nous voyons tout autour de nous dégrade le véritable leadership serviteur de l’intention originale de Jésus, et l’asservit en fait aux voies charnelles des hommes.
Que nous enseignent les Écritures à ce sujet ? L’Assemblée, les Appelés, l’Église de Dieu, c’est le corps du Christ. Tous les membres sont membres de Christ. Il n’y a pas d’autre appartenance dans les Écritures que celle-ci, l’appartenance au corps du Christ, à laquelle appartiennent tous les vrais disciples de Jésus. Il n’y a pas plusieurs corps de Christ, mais un seul corps. Il n’y a pas plusieurs Églises, mais une seule Église. Il y a bien sûr une place différente pour chaque membre du corps, du simple fait qu’il fait partie du corps. Toutes les parties n’ont pas la même fonction : il y a l’œil, l’oreille, etc., mais elles sont toutes nécessaires et se servent toutes nécessairement les unes les autres, d’une manière ou d’une autre. Et l’une ne peut pas dire à l’autre, que ce soit à voix haute ou en vivant comme si c’était le cas : « Je n’ai pas besoin de toi ».
Chaque membre a sa place, pas seulement localement et pour le bien de certains autres membres, mais pour le bien de tout le corps. Chaque membre a son don, comme l’apôtre l’enseigne clairement. « Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes nombreux, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. Nous avons donc des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée » (Romains 12:4-6). Dans le douzième chapitre de la première épître aux Corinthiens, l’apôtre parle longuement de ces dons, et il les appelle par un nom significatif- « manifestations de l’Esprit ». Ce sont bien sûr des dons de l’Esprit, mais au-delà de ça, ce sont des « manifestations de l’Esprit ».
Par exemple, si– vous prenez l’Évangile de Dieu, d’où tire-t-il son autorité et sa puissance ? D’une quelconque sanction des hommes ? D’une quelconque référence humaine ? Ou de sa propre puissance inhérente ? J’ose affirmer que la tentative courante d’authentifier le messager enlève à la puissance de la Parole au lieu de l’augmenter. La Parole de Dieu doit être reçue comme telle, comme la propre Parole de Dieu. Celui qui la reçoit témoigne que Dieu est vrai. Son pouvoir de racheter le cœur et la conscience vient du fait qu’il s’agit de la « bonne nouvelle de Dieu ». Il sait parfaitement ce dont l’homme a besoin, et Il y a parfaitement pourvu. Quiconque a connu son pouvoir de changer des vies sait aussi très bien d’où il vient. L’œuvre et le témoignage de l’Esprit de Dieu dans l’âme n’ont pas besoin du témoignage des hommes pour les compléter.
Même l’appel du Seigneur dans Son propre cas s’adressait à la vérité qu’Il avait prononcée : « Si je dis la vérité, pourquoi ne Me croyez-vous pas ? » Quand Il se présentait dans la synagogue Juive ou ailleurs, Il n’était, aux yeux des hommes, qu’un pauvre fils de charpentier. Il n’était accrédité par aucune école ni aucun groupe d’hommes. Tout le poids de l’autorité était toujours contre Lui. Il refusait même de « recevoir le témoignage des hommes ». Seule la Parole de Dieu devait parler au nom de Dieu. « Mon enseignement n’est pas le Mien, mais celui de celui qui M’a envoyé. » Et comment s’est-il approuvé lui-même ? Par le fait qu’il était la vérité. « Si je dis la vérité, pourquoi ne Me croyez-vous pas ? » C’était la vérité qui devait se frayer un chemin auprès des vrais, c’est-à-dire auprès de ceux qui sont vrais à l’intérieur.
« Celui qui veut faire la volonté de Dieu saura si mon enseignement vient de Dieu ou si je parle de Moi-même » Il dit, « Je dis la vérité, je vous l’apporte de la part de Dieu ; et si c’est la vérité, et si vous cherchez à faire la volonté de Dieu, vous apprendrez à la reconnaître comme telle. » Dieu ne laissera pas les gens dans l’ignorance et les ténèbres, pas s’ils cherchent à faire Sa volonté. Pouvez-vous imaginer que Dieu permettrait que des cœurs sincères soient trompés par des mensonges plausibles qui pourraient circuler ? Il est capable de faire entendre Sa voix à ceux qui cherchent à L’entendre. C’est pourquoi le Seigneur dit à Pilate,« Quiconque est de la vérité écoute Ma voix » (Jean 18:37). « Mes brebis écoutent Ma voix, je les connais et elles Me suivent. » Et encore, « Elles ne suivront pas un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10:27, 5). La vérité est telle que prétendre l’authentifier auprès de ceux qui sont eux-mêmes vrais, c’est la déshonorer, comme si elle n’était pas capable d’être évidente. Ce faisant, de telles affirmations déshonorent Dieu, comme s’Il pouvait être insuffisant pour les âmes, ou pour ce qu’Il a Lui-même donné.
Non, au contraire, l’apôtre parle de « nous recommandant à la conscience de tous les hommes devant Dieu, par la manifestation de la vérité » (2 Corinthiens 4:2). De la même manière, le Seigneur parle de cette manifestation de la vérité comme étant la condamnation du monde. « La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19). Les preuves ne manquaient pas la lumière était là et les hommes reconnaissaient sa puissance, à leur propre condamnation, lorsqu’ils cherchaient à y échapper. Même ainsi, dans le don lui-même, il y avait « la manifestation de l’Esprit », et il était « donné à chaque homme pour qu’il en tire profit ». Du fait même qu’il le possédait, l’homme avait la responsabilité de l’utiliser -la responsabilité envers Celui qui ne lui avait pas donné en vain. Le don lui-même comportait la capacité de servir, ainsi que la responsabilité. Car je suis tenu d’aider et de répondre aux besoins des autres avec ce que j’ai. Et si les âmes sont véritablement aidées, elles n’ont guère besoin de demander si j’avais la mission de le faire.
C’est là la nature simple du don : le service de l’amour, selon la capacité que Dieu donne. C’est le service mutuel de chacun envers les autres, et de chacun envers tous, sans bousculade ni exclusion. Chaque don était jeté dans le trésor commun, et tous en étaient d’autant plus enrichis. La bénédiction de Dieu et la manifestation de l’Esprit étaient les seules autorisations ou approbations nécessaires. Tous n’étaient pas enseignants, et encore moins aptes à enseigner de manière publique ou visible. Et pourtant, les mêmes principes s’appliquaient à tous les dons au sein du corps de Christ. Il y avait un Seul corps composé de nombreuses parties remplissant de nombreuses fonctions, chacune servant et contribuant à l’édification du Corps selon sa sphère.
N’y avait-il rien d’autre que cela ? N’y avait-il donc aucune classe ordonnée ? Pas du tout. C’est tout autre chose que ce qui est vaguement évoqué dans les Écritures. Il y avait, sans aucun doute, ce que beaucoup appellent des « diacres » (un autre mot Grec introduit directement en Anglais en modifiant très légèrement son orthographe). Le mot lui-même signifie simplement « serviteurs », et c’est ce qu’ils étaient. Il y avait ensuite les anciens, ce qui impliquait qu’ils étaient plus âgés et plus expérimentés, également appelés surveillants (Actes 20:28 Tite 1:5, 7). Leur boulot était de « surveiller », et même si pour ça, il fallait vraiment qu’ils soient « aptes à enseigner », vu les erreurs qui se répandaient déjà, personne ne pouvait penser que l’enseignement était réservé aux seuls « anciens ». Ils dirigeaient et guidaient le troupeau comme un berger, avec la douceur d’un père avec ses propres enfants. Ce type de leadership était très différent de la façon dont les païens « dominaient » le peuple.
Voilà, en gros, ce que dit la Bible sur le sujet. Notre devoir difficile, maintenant, c’est de comparer tout ça avec le système du monde et de le dénoncer. Dans ce système, une classe distincte de personnes se consacre officiellement aux choses spirituelles. Et dans la même mesure où ces personnes se distinguent de cette manière, le reste de la population -les laïcs -est exclu de cette implication. C’est là le véritable Nicolaïsme, la « soumission du peuple ».
Je répète que non seulement les dons sont tout à fait justifiés, mais que ceux qui ont des dons spéciaux ont la responsabilité (même si ce n’est pas exclusivement) de les mettre en pratique. Mais le sacerdoce, c’est autre chose, quelque chose de suffisamment distinct, je dirais, pour être facilement reconnu partout où il est revendiqué ou, en fait, partout où il existe. Bien sûr, je sais que les protestants, en général, disent ne pas donner de pouvoirs sacerdotaux à leurs dirigeants. Je n’ai ni l’intention ni l’envie de les accuser de malhonnêteté à cet égard. Ce qu’ils veulent dire, c’est qu’ils ne considèrent pas que « le ministre » ou « le pasteur » ait le pouvoir autoritaire d’effacer les péchés. De même, les protestants n’installent aucun autel où, jour après jour, la perfection de l’unique offrande de Christ est niée par d’innombrables répétitions. Et je dois dire qu’ils ont raison sur ces deux points, mais ce n’est pas tout. Si on regarde plus en profondeur, on découvre que, même en l’absence de ces éléments, de nombreuses autres caractéristiques sacerdotales peuvent apparaître.
Le sacerdoce et le don peuvent être distingués l’un de l’autre de la manière suivante : les dons (dans le sens où nous l’entendons ici) sont destinés aux hommes, afin que le Corps de Christ puisse être édifié. Le sacerdoce, en revanche, est destiné à Dieu. Les dons transmettent le caractère, la personnalité et le message de Dieu au peuple, comme des vases d’argile qui parlent en Son nom. Le prêtre va vers Dieu pour le peuple, et il parle dans le sens inverse, pour le peuple vers Dieu. Il est certainement facile de distinguer ces deux attitudes.
La « louange et l’action de grâce » sont des « sacrifices » spirituels. Elles font partie de notre offrande en tant que prêtres. Chaque fois que vous placez une catégorie particulière de personnes dans une position où elles agissent régulièrement et officiellement (ou parfois « officieusement ») de cette manière au nom des autres, vous leur donnez le rang de prêtrise intermédiaire. Vous en faites des médiateurs auprès de Dieu pour tous ceux qui ne sont pas aussi proches de Lui. Par exemple...Rompre le pain ensemble est l’un des rappels les plus visibles et les plus manifestes de notre unité dans la mort et la résurrection de Christ, comme un Seul Pain sans levain, sans mélange. Et pourtant, combien de « dirigeants » protestants considèrent comme leur droit officiel de « l’administrer », voire de « le présider » ? Combien de « laïcs » reculent à l’idée de le profaner d’une manière ou d’une autre avec leurs mains ? Et c’est là l’un des terribles maux du système, que la masse des Chrétiens soit ainsi distinctement sécularisée. Occupés par les choses du monde, on ne peut pas attendre d’eux qu’ils soient, spirituellement, ce que sont les membres du clergé. Et ils s’en accommodent, pour ainsi dire. Ils sont libérés de l’obligation de se préoccuper de questions spirituelles, auxquelles ils ne sont pas égaux et auxquelles d’autres se consacrent entièrement.
Mais, évidemment, ça doit aller beaucoup plus loin. « Les lèvres du prêtre doivent garder la connaissance. » Les laïcs, qui sont devenus laïcs en renonçant à leur sacerdoce - comment pourraient-ils conserver la connaissance qui appartient à la classe sacerdotale ? Le manque de spiritualité auquel ils se sont abandonnés les poursuit ici. Et c’est comme ça que la classe spéciale qui s’est donnée pour mission de connaître Dieu devient aussi les interprètes autorisés de la Parole. Après tout, comment un laïc pourrait-il bien comprendre le sens des Écritures ? Le clergé devient donc les yeux, les oreilles et la bouche spirituels des laïcs, et est en passe de devenir aussi leur corps tout entier.
Mais ça convient bien aux gens. Ne vous méprenez pas, je ne veux pas dire que tout ça est arrivé juste parce qu’une certaine classe de gens était présomptueuse. C’est en partie vrai, sans aucun doute. Mais cette distinction misérable et non biblique entre le clergé et les laïcs n’aurait jamais pu se faire aussi vite et aussi largement si elle n’avait pas été bien adaptée aux goûts des gens qu’elle a remplacés et dégradés. Ce n’est pas seulement en Israël, mais aussi dans la chrétienté que s’est accomplie l’Écriture : « Les prophètes prophétisent faussement, les prêtres dominent par leurs moyens, et Mon peuple aime qu’il en soit ainsi ! » C’est ce qu’ils ont fait, et c’est ce qu’ils font encore aujourd’hui. À mesure que le déclin spirituel s’installe, le cœur qui se tourne vers le monde est plus que disposé à troquer, à échanger comme l’a fait Ésaü, son droit d’aînesse spirituel contre un plat de lentilles. Il échange volontiers son besoin de se soucier trop des choses spirituelles avec ceux qui accepteront cette responsabilité. La mondanité est bien dissimulée sous le manteau du laïc. Et comme l’Église dans son ensemble a abandonné son premier amour (ce qu’elle a fait rapidement, puis le monde a commencé à entrer par les portes mal gardées), il est devenu de plus en plus impossible pour les fidèles de la chrétienté d’occuper la place bénie et merveilleuse qui appartenait aux Chrétiens. Chaque étape de cette spirale descendante, sans le courage de revenir en arrière contre le courant, n’a fait que faciliter l’étape suivante, jusqu’à ce que, moins de trois cents ans après le début, un sacerdoce Juif et une religion ritualiste aient été installés partout. Seulement, cette fois-ci, c’était pire, car les choses précieuses du Christianisme ont laissé leur nom sur tout, comme des butins laissés à une armée envahissante. Et pour la plupart des gens, l’ombre (ou les choses symboliques) a pris la place de la substance réelle elle-même.
Mais je dois revenir plus précisément sur une caractéristique de ce système de « clergé ». J’ai déjà mentionné la façon dont le sacerdoce a remplacé les dons, ainsi que l’attribution d’un titre officiel dans les domaines spirituels et l’autorisation spéciale de faire certaines choses. Et je suppose que je devrais ajouter à cette liste l’autorisation spéciale de baptiser. Aucun de ces privilèges spéciaux ne se trouve dans la Bible. Mais je dois m’attarder un peu plus sur l’importance accordée à l’ordination. Je veux que vous compreniez un peu mieux ce que signifie ordonner.
D’abord, si vous lisez le Nouveau Testament, vous ne trouverez rien sur des gens « ordonnés » pour enseigner ou partager la bonne nouvelle de Jésus. Vous verrez as des gens aller partout, exerçant librement les dons qu’ils avaient. Toute l’Église s’est dispersée de Jérusalem, sauf les apôtres, et ils sont allés partout annoncer la Bonne Nouvelle. Ce n’est pas la persécution qui les a ordonnés, je suppose. C’est le cas d’Apollos, c’est le cas de Philippe. En fait, il n’y a aucune trace d’autre chose. Timothée a reçu le don de prophétie par l’imposition des mains de Paul et des anciens. Mais c’était un don, pas une sorte d’autorisation ou d’approbation officielle. Il lui est donc demandé de transmettre son savoir à des hommes fidèles, qui devraient être capables d’enseigner à leur tour. Là encore, il n’est pas question de les ordonner. On a déjà parlé des anciens. Le cas de Paul et Barnabas à Antioche est, malheureusement, l’un des plus mal appliqués, dans la manière dont les gens l’utilisent. Car ils font comme si les prophètes et les enseignants « ordonnaient » un apôtre, alors que Paul lui-même insistait sur le fait qu’il avait été envoyé « non par les hommes ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père ». Et même là, à Antioche, le Saint-Esprit ne « confère pas le pouvoir d’ordonner » qui que ce soit, mais dit simplement : « Mettez-Moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés » (voir Actes 8, 11, 13, 18 ; 1 Tim, etc.).
Maintenant, que signifie cette chose appelée « ordination » ? Beaucoup de choses, vous pouvez en être sûr, sinon elle ne ferait pas l’objet d’une controverse aussi passionnée. Elle comporte sans aucun doute deux phases. Dans le cas le plus extrême, comme chez les Catholiques Romains et les ritualistes, on prétend de manière très affirmée qu’elle confère non seulement l’autorité, mais aussi le pouvoir spirituel. Ils prétendent, avec toute la puissance des apôtres, donner le Saint-Esprit par l’imposition des mains. Et c’est là le sacerdoce dans son sens le plus complet. Le peuple de Dieu, en tant que tel, est rejeté du sacerdoce qu’Il lui a donné, et une classe spéciale de personnes est mise à sa place pour servir d’intermédiaire, d’une manière qui met de côté le fruit de l’œuvre du Christ et le lie à l’organisation créée par l’homme comme canal de toute grâce. Parmi les protestants, vous pensez peut-être que je n’ai pas besoin de m’attarder sur ce point, mais cela se fait aussi parmi certains d’entre eux. Cela se fait par des mots qui, pour une certaine catégorie d’entre eux, semblent étrangement ne rien signifier, tandis qu’une autre catégorie trouve dans ces mots l’autorisation abondante de leurs prétentions les plus élevées.
D’un autre côté, il y a ceux qui rejettent à juste titre et de manière cohérente ces hypothèses non Chrétiennes et qui ne prétendent pas conférer ouvertement un don lors de l’ordination. Ils disent qu’ils ne font que « reconnaître » le don que Dieu a donné. Mais alors, en fin de compte, cette « reconnaissance » officielle est considérée comme nécessaire avant que la personne puisse baptiser quelqu’un ou faire d’autres choses qui ne nécessitent en réalité aucun don particulier. Quant à l’application quotidienne de la Parole dans leur vie et dans les situations qui les entourent, le commandement de Dieu « d’exhorter les uns les autres chaque jour » est soumis à une sanction humaine. Et cette sanction est « reconnue » au nom de Son peuple par ceux qui sont considérés comme ayant un discernement que le peuple, en tant que tel, n’a pas. Qu’ils soient aveugles eux-mêmes ou non, ces hommes doivent devenir des « guides d’aveugles ». Les masses ont donc besoin que d’autres soient leurs yeux, tandis que leurs propres âmes sont soustraites à leur responsabilité immédiate envers Dieu et rendues responsables de manière inappropriée envers les hommes. Une conscience artificielle est fabriquée pour eux, et des conditions leur sont constamment imposées, auxquelles ils doivent se conformer afin d’obtenir la reconnaissance nécessaire. Une fois « reconnus », ils sont généralement sous le contrôle de ceux qui les ont ordonnés, y compris en ce qui concerne leur cheminement dans le service.
En principe, c’est une infidélité envers Dieu. Car, s’Il m’a donné un don à utiliser pour Lui, je suis sûrement infidèle si je vais demander à un homme ou à un groupe d’hommes la permission de l’utiliser. Le don lui-même comporte la responsabilité de l’utiliser, comme on l’a vu. S’ils disent, « Mais les gens peuvent faire des erreurs », je l’admets volontiers. Mais qui assumera ma responsabilité personnelle si je me trompe ? Et encore une fois, les erreurs d’un groupe d’ordination sont infiniment plus graves que celles de quelqu’un qui agit simplement sans avoir été envoyé. Leurs erreurs sont consacrées et perpétuées par l’ordination qu’ils confèrent. Voici ce que je veux dire : l’homme qui est « ordonné » aurait, s’il s’était simplement appuyé sur ses propres mérites, fini par trouver assez rapidement son véritable niveau. Mais maintenant, grâce à l’ordination, il se voit « conférer » une profondeur de caractère, comme si cela était possible, que tout le poids du système doit lutter pour soutenir. Que ce soit une erreur ou non, il fait néanmoins partie du corps clérical -il est un serviteur officiel, même s’il n’a rien à servir. Maintenant, le système est tenu de subvenir à ses besoins, même si ce n’est qu’avec un poste moins visible où des âmes, chères à Dieu comme toutes les autres, sont confiées à ses soins, pour finir par mourir de faim s’il ne peut les nourrir.
Ne croyez pas que je sois sarcastique ici. En fait, le seul sarcasme ici, c’est ce système dont je parle-le fait d’enchaîner le corps du Christ avec des liens qui empêchent la libre circulation du sang revitalisant qui devrait imprégner tout le corps sans restriction. La nature elle-même devrait dénoncer cette absurdité -cette énorme déduction, vaguement basée sur des prémisses scripturaires, selon laquelle les apôtres et les hommes apostoliques « ordonnaient » des anciens, ou toute autre personne, au sens où ils sont ordonnés aujourd’hui. Même s’ils pouvaient en quelque sorte le prouver, d’un point de vue scriptural, ils auraient du mal à prouver que l’« ancien » pouvait être un jeune homme célibataire tout juste sorti de l’adolescence, ou qu’il occupait également la place d’évangéliste, de berger, d’enseignant -bref, qu’il réunissait tous les dons de Dieu en une seule personne ! C’est ce que le système appelle « le ministre » (ou « le pasteur » ou « le prédicateur » ou...). Le tout pour les cinquante ou cinq cents âmes qui lui sont confiées comme « son troupeau », dans lequel personne d’autre n’a le droit d’intervenir ! Il est certain que le « Nicolaïsme » est au premier plan d’un tel système !
Dans le meilleur des cas, cet homme, s’il a des dons, a peu de chances de les avoir tous. Supposons qu’il soit évangéliste et que des âmes se convertissent joyeusement. Il n’est pas enseignant et ne peut donc pas les édifier. Ou peut-être est-il enseignant, envoyé dans un endroit où il n’y a que quelques Chrétiens et où la plupart des gens autour de lui ne sont pas convertis. Peu de gens se tournent vers le Dieu Vivant, et sa présence là-bas (en suivant les règles du système, en tout cas) éloigne les dons dont on a le plus besoin là-bas. Dieu merci ! Il brise toujours ces systèmes, et d’une manière irrégulière, le besoin peut être comblé. Mais l’approvisionnement est perturbateur et sème la confusion. En d’autres termes, le vin nouveau brise les pauvres bouteilles humaines.
Le système est responsable de tout - cela. Le don exclusif d’un homme, ou d’un certain nombre d’hommes, au sein de la communauté des Croyants n’a aucun fondement Biblique. Parallèlement, comme nous l’avons vu, l’ordination est une tentative de confiner tout le fonctionnement du Corps à une certaine classe privilégiée et de le faire reposer sur l’autorisation humaine plutôt que sur le don divin. Le résultat final est que les gens, les brebis de Christ, se voient refuser la capacité d’entendre Sa voix. La tendance inévitable est alors de fixer sur l’homme toute l’attention qui devrait être consacrée aux paroles qu’il apporte. La question devient : est-il accrédité ? Est-il ordonné ? L’accent n’est plus mis sur le fait de savoir s’il dit la vérité ou non. En fait, la vérité de ses paroles est déjà établie dans l’esprit de ses auditeurs par le fait qu’il a été ordonné.
Paul -apôtre non pas des hommes ni par les hommes- a refusé d’être reçu pour ces raisons. Il y avait eu des apôtres avant lui, mais il ne s’est pas adressé à eux et n’a rien reçu d’eux. S’il y avait une succession, elle s’est arrêtée avec lui. Et tout ce qu’il a fait, il l’a fait délibérément, pour montrer que son évangile ne venait pas des hommes (Gal 1:11), afin qu’il ne repose pas sur l’autorité des hommes. Non, s’il proclamait lui-même un évangile différent de celui qu’il avait proclamé (car il n’y en avait pas d’autre), ou même un ange venu du ciel (où l’autorité, si elle était remise en question, pourrait sembler concluante), sa décision solennelle est, « Qu’il soit maudit ».
L’autorité, donc, n’est rien si ce n’est l’autorité de la Parole de Dieu. C’est là le critère. Est-ce conforme aux Écritures ? « Si un aveugle guide un aveugle, ne tomberont-ils pas tous deux dans le fossé ? » Dire, « Je ne connaissais pas le chemin, bien sûr, alors j’ai fait confiance à quelqu’un d’autre », ne vous sauvera pas du fossé.
Mais le profane non spirituel et sans instruction - comment peut-il prétendre égaler les connaissances du « ministre » instruit et accrédité, dévoué aux choses spirituelles ? En fait, en général, il ne le fait pas. Il cède à celui qui devrait mieux savoir et, concrètement, l’enseignement de l’expert désigné supplante largement l’autorité de la Parole de Dieu dans sa vie. Cela ne veut pas dire que, ce faisant, il parvient à une certitude parfaite sur la question. Il ne peut se cacher le fait que les gens ont des opinions différentes, aussi sages, bons, instruits et accrédités soient-ils. On pourrait penser qu’il reconnaîtrait que Dieu permet aux « autorités » humaines de sombrer dans une confusion Babélique. Mais c’est là que le diable intervient et suggère à l’âme imprudente que cette confusion doit être le résultat de l’obscurité des Écritures. En réalité, ils se sont mis dans cette situation en ignorant les Écritures.
Mais c’est partout pareil ! Des opinions, pas la foi, mais des opinions que vous êtes libre d’avoir et auxquelles vous avez droit, bien sûr. Et vous devez laisser les autres avoir les leurs. Vous pouvez dire « je crois », tant que vous ne voulez pas dire par là « je sais ». Prétendre « savoir », c’est prétendre qu’on est plus sage, plus savant, meilleur que toutes les générations qui ont précédé et qui pensaient exactement le contraire de vous.
Dois-je vous montrer comment l’infidélité prospère grâce à cela ? Comment Satan se réjouit quand, au simple et emphatique « Oui » de la voix divine, il réussit à substituer le Oui et le Non d’une foule de commentateurs discordants ? Pensez-vous pouvoir mener les combats du Seigneur avec le flot des opinions humaines au lieu de « l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu », appliquée spécifiquement à la vie réelle et aux situations pratiques ? Pensez-vous que « Ainsi parle Jean Calvin » ou « Ainsi parle John Wesley » satisfera Satan autant que « Ainsi parle le Seigneur » ?
Qui peut nier que de telles pensées existent, et qu’elles ne se limitent pas du tout aux papistes ou aux ritualistes ? Malheureusement, cette tendance vers le cœur de l’incrédulité, s’éloignant toujours plus du Dieu vivant, est aussi proche de Son propre Peuple aujourd’hui qu’à tout autre moment au cours des siècles que Son Église a traversés. Pourtant, Il reste tout aussi compétent pour enseigner, tout aussi prêt à accomplir la parole qui dit : « Quiconque fait Sa volonté connaîtra si cet enseignement vient de Dieu. » Mais il faut voir avec les « yeux du cœur » et non avec la tête. Il a caché aux sages et aux savants ce qu’Il révèle aux petits enfants. L’école de Dieu est plus efficace que toutes les universités réunies. Et dans cette école, les laïcs et les clercs sont égaux : « celui qui est spirituel discerne toutes choses », et lui seul. Rien ne peut remplacer la spiritualité, et seule l’Esprit de Dieu peut remédier à l’absence de spiritualité. L’ordination, telle qu’elle est pratiquée, s’apparente plutôt à un cachet d’approbation apposé sur l’absence de spiritualité. C’est une tentative de manifester ce qui doit être soit la manifestation de l’Esprit, soit pas du tout Son œuvre. C’est une tentative de fournir des guides aux aveugles alors que, quels que soient leurs efforts, ils ne peuvent garantir que ces guides ne seront pas eux-mêmes aveugles.
Avant de conclure, je dois dire quelques mots sur la « succession ». Une ordination qui prétend provenir des apôtres doit (pour être cohérente) être une ordination successorale. Qui peut conférer l’autorité (et dans les théories les plus modestes et les plus basiques de l’ordination, l’autorité est conférée) si ce n’est quelqu’un qui a lui-même été autorisé à cette fin ? Il faut donc avoir une chaîne (une succession linéaire) d’hommes ordonnés, les uns après les autres. La succession apostolique (l’idée que cela a été transmis par les apôtres) est tout aussi nécessaire aux presbytériens qu’aux épiscopaliens.
Mais alors, regardez le résultat. Cette idée de succession n’a rien à voir avec la spiritualité ou même avec la vérité. Un prêtre Romain peut l’avoir aussi bien que n’importe qui d’autre. En fait, c’est par le biais de Rome que la plupart des attributs religieux qui nous entourent ont nécessairement été transmis. Regardez donc le résultat de cette façon de penser : Un homme peut montrer un manque flagrant de sainteté et de pureté, mais ça n’empêche pas du tout que le Christ l’ait mandaté. Celui qui enseigne de fausses doctrines peut être vu en même temps comme un messager de Dieu et un enseignant de la vérité. En fait, avoir la vérité, le don de la partager et la piété ne sont même pas considérés comme des critères pour être un - véritable ambassadeur. Il peut avoir toutes ces qualités sans en être un ; il peut en être dépourvu et être quand même vu comme l’ambassadeur de Christ.
Qui peut croire un tel enseignement ? Celui qui est la vérité peut-Il approuver l’erreur ? Le Juste peut-Il tolérer l’injustice ? C’est impossible. Ce système ecclésiastique va à l’encontre de tous les principes de moralité et endurcit la conscience qui y est associée. Pourquoi devrions-nous être attentifs à la vérité s’Il ne l’est pas ? Et comment pourrait-Il envoyer des messagers auxquels Il ne s’attendrait pas à ce qu’on croie ? Son propre critère d’un vrai témoin échoue. Car « celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de Celui qui l’a envoyé, celui-là est vrai, et il n’y a pas d’injustice en lui ». Son propre critère de crédibilité échoue. Car « si je dis la vérité, pourquoi ne Me croyez-vous pas ? » C’était Son propre appel.
Non, énoncer ce principe, c’est le condamner. Après tout, Il avait prévu et prédit l’échec de ce qui aurait dû être le témoignage brillant et évident de Sa vérité et de Sa grâce. Par conséquent, Il n’aurait pas pu ordonner une succession d’enseignants pour ce témoignage qui porteraient Sa mission (aussi indispensable fût-elle) jusqu’à leur propre échec ! Avant que les apôtres ne quittent la terre, la maison de Dieu était devenue une « grande maison », et il fallait y séparer les vases d’honneur des vases d’ignominie. Le même Dieu qui a exhorté l’un de Ses apôtres à enseigner à un compagnon de pèlerinage à « suivre la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur », ne pouvait pas nous dire d’écouter des hommes qui sont complètement étrangers à ce mode de vie. Il ne pouvait pas les approuver en tant que Ses « représentants » officiels, ou comme ayant reçu Sa mission malgré tout. Et ainsi, dans la deuxième lettre à Timothée, où cela est dit, ce sont des « hommes fidèles » qui sont recherchés, non pas pour l’ordination, mais pour le dépôt de la vérité confiée à Timothée. « Ce que tu as entendu de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui seront capables d’enseigner aussi les autres. »
Ainsi, la sainte Parole de Dieu se justifie toujours dans le cœur et la conscience. Les efforts pour obtenir son approbation, que ce soit pour le sacerdoce Romain ou la hiérarchie protestante, échouent pour les mêmes raisons. Car, dans ce domaine, ils sont vraiment sur le même terrain. Hélas ! Le Nicolaïsme n’est pas seulement une chose du passé. Ce n’est pas seulement un enseignement obscur des siècles passés, mais un système d’erreur répandu et gigantesque, qui produit de mauvais résultats. L’erreur est tenace, bien que mortelle. Ne la respectez pas pour son ancienneté et ne suivez pas la foule pour faire le mal. C’est pour une bonne raison que le Seigneur dit dans ce cas,« Ce que je déteste ». S’il le dit, devons-nous avoir peur d’être en communion avec Lui ? Je dois admettre qu’il y a des hommes bons qui s’y sont empêtrés. Il y a des hommes pieux et de vrais serviteurs qui, par ignorance, portent les insignes des hommes. Que Dieu les délivre ! Qu’ils se débarrassent de leurs chaînes et soient libres ! Qu’ils s’élèvent à la vraie dignité de leur appel, responsables devant Dieu, et marchant devant Lui seul !
D’un autre côté, chers frères, c’est super important que tout Son peuple, peu importe où il se trouve dans le corps de Christ, réalise qu’il est responsable de construire le corps avec les différents dons qui lui ont été confiés. De même, ils doivent tous agir en tant que prêtres. Nous devons reconnaître que chaque Chrétien a des devoirs spirituels qui découlent de sa relation spirituelle avec tous les autres Chrétiens. C’est le privilège de chacun de contribuer à la richesse commune des dons dont Christ a doté Son Église. En fait, celui qui ne contribue pas retient en réalité ce qui est sa dette envers toute la famille de Dieu. Aucun possesseur d’un seul talent n’a le droit de l’envelopper dans un mouchoir sur cette base -ce serait de la pure infidélité et de l’incrédulité.
« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » Frères en Christ, quand allons-nous nous réveiller à la réalité des paroles de notre Seigneur ? Nous avons une source inépuisable de joie et de bénédiction perpétuelles, et si seulement nous y venons quand nous avons soif, des fleuves d’eau vive jailliront de nos entrailles. La source n’est pas limitée par le récipient qui la reçoit. Elle est divine, et pourtant elle est entièrement à nous -autant que possible ! Oh, en savoir plus sur cette abondance et sur la responsabilité qui va avec, dans un contexte aride et épuisant comme celui-ci ! Oh, mieux connaître la grâce infinie qui nous a choisis comme canaux de son écoulement parmi les hommes ! Quand nous élèverons-nous au sens de notre dignité commune, à la douce réalité de la communion avec Celui qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » ? Oh, pour un service non officiel - le débordement de cœurs pleins vers des cœurs vides, aussi nombreux qu’il y en a autour de nous ! Comme nous devrions nous réjouir, dans un pays de misère, de détresse et de péché, de trouver une occasion perpétuelle de montrer la capacité de la plénitude de Christ à répondre à toutes ces formes de détresse et à les guérir.
Le service officiel, concrètement, c’est l’indépendance vis-à-vis de l’Esprit de Dieu. C’est décider qu’un vase doit déborder même s’il est pratiquement vide à ce moment-là. Et d’un autre côté, c’est décider qu’un autre vase ne doit pas déborder, peu importe à quel point Il l’a rempli. Avoir quelque chose « d’officiel », c’est présumer (face à l’Esprit qui est venu sur l’autorité du Christ pour être le Gardien de Son peuple) de pourvoir à l’ordre et à l’édification, non par la puissance spirituelle, mais par la législation. Cela compenserait tout échec de la part des brebis de Christ à entendre Sa voix, en rendant cela aussi inutile que possible pour elles. Cela excuse et perpétue ainsi le manque de spiritualité, au lieu de le condamner ou de l’éviter.
Il est tout à fait vrai que, dans la manière dont Dieu traite cela, l’échec de la part de l’homme peut devenir plus évident extérieurement. Car Il se soucie peu d’une apparence correcte lorsque le cœur n’est pas droit envers Lui. En fait, Il sait bien que la capacité à maintenir une apparence correcte peut en réalité empêcher un jugement sincère de notre condition réelle devant Lui. Les hommes auraient réprimandé Pierre pour avoir essayé de marcher sur ces vagues, ce qui rendait sa petite foi si évidente. Mais le Seigneur ne réprimandait que la petitesse de la foi qui l’avait fait échouer. Et aujourd’hui encore, les hommes proposeraient le bateau comme remède à l’échec, au lieu de la force du soutien du Seigneur, avec laquelle Il a mis Pierre à l’épreuve. Pourtant, après tout, il faut admettre que le bateau peut échouer. Les vents et les vagues peuvent le renverser. Mais « le Seigneur dans les hauteurs est plus puissant que le bruit des grandes eaux -oui, plus puissant que les vagues puissantes de la mer ». Au cours de ces nombreux siècles d’échecs, avons-nous prouvé qu’Il n’était pas digne de confiance ? Mes amis, êtes-vous vraiment convaincus qu’il est absolument sûr de faire confiance au Dieu vivant ? Alors ne prenons aucune disposition pour parer à Son échec, même si nous devons admettre que nous avons échoué ! Agissons comme si nous Lui faisions vraiment confiance.