L'Histoire de Alonzo
1980
(Un peu de jargon « religieux » et quelques pensées éparses comme [« réciter des prières » et « les devoirs chrétiens » et autres - ont été supprimés], mais c’est un excellent exposé de la façon dont on pourrait consacrer son temps à encrasser sa conscience, et avec Qui trouver la solution. Ceci est un extrait d’un livre – titre et auteur inconnus pour moi actuellement. Même si l’histoire est un tout petit peu longue, elle vous permettra de regarder dans votre coeur en lisant. C’est-à-dire, si vous désirez vraiment voir votre cœur afin de le nettoyer pour faire plus de place à Jésus, cela aidera, je pense. Il peut également vous aider à comprendre certaines « étapes » par lesquelles passent les enfants dans les « raisonnements » de leur nature adamique non régénérée, avant de voir le profond besoin d’un sauveur, un Messie. Cette écriture a été utile à beaucoup, comme je l’ai entendu.)
Les psychologues modernes pour enfants nous disent souvent que pour rendre un enfant heureux, il faut lui apprendre à s’aimer. Le sujet du péché n’est plus utile pour soumettre un enfant à une contrainte selon les psychologues; seuls « des mots positifs » devraient être utilisés pour construire l’estime de soi.
Quiconque connaît Dieu ou la Bible devrait déjà savoir que le problème majeur de l’homme déchu est sa tendance à trop s’aimer et s’estimer.
Le véritable Evangile de Jésus-Christ parle de nous abandonner à Jésus. Contrairement à cette vérité se tient la foule d’amour-propre qui cherche à encourager les jeunes de notre nation à « penser plus de bien d’eux-mêmes qu’ils ne le devraient. »
L’histoire qui suit donne à chacun une compréhension approfondie du fonctionnement interne du cœur, de ses déceptions et de ses corruptions, et de son plus grand besoin, qui est d’être libéré de la culpabilité et du fardeau du péché. Le but principal de l’histoire est de préciser que le plus grand besoin du cœur d’un enfant (DU CŒUR DE CHACUN !) est d’obtenir une communion d’amour avec Jésus-Christ. Ce n’est pas l’amour de soi qui va satisfaire les grands désirs du cœur. Un enfant, ou n’importe qui, devient vraiment heureux quand il est amené là où il peut voir que l’amour du Christ est le seul fondement de paix et de joie véritables.
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Alonzo était un jeune garçon qui vivait dans le Vermont. Son père possédait une ferme dans un de ces vallons chauds et verdoyants, qui donnaient son charme au paysage des Montagnes Vertes. La ferme, basse et large, avec ses granges et ses hangars, ses meules de foin et ses hauts tas de bois, ressemblait à un petit village qui s’étalait dans une percée ensoleillée près de la tête du vallon. Une route sinueuse traversait à plusieurs reprises un ruisseau serpentant entre les arbres à travers la vallée, et guidait le voyageur jusqu’à cet endroit.
La grande cour était pleine d’animaux domestiques et des ustensiles de la ferme étaient stockés dans les hangars. Des lilas et des rosiers ornaient la façade de la maison, et au milieu d’une petite pelouse verte sur le côté de la maison, une source claire et profonde, aménagée de pierres couvertes de mousse, déversait sans arrêt une réserve d’eau fraîche. Un groupe de saules pendaient au–dessus de la source et de la maison, un sentier bien marqué menait à la source. Une pierre plate et lisse se trouvait devant la « porte de sortie, » comme ils l’appelaient, qui conduisait à la source.
On pouvait y voir Alonzo, presque chaque jour ensoleillé, âgé de deux ans, jouant avec les boutons d’or et les marguerites, ou en train de creuser la terre avec sa petite pelle devant la porte, ou encore en train de construire des maisons avec les épis de maïs provenant du grenier. L’été suivant, l’auriez-vous observé, vous auriez noté que son champ d’action s’était élargi et ses plans de distractions un peu plus agrandis. Il avait un jardin, deux pieds carrés, où il avait mis en terre des rameaux verts pris sur les arbustes autour de lui; il faisait des poteaux avec un couteau de table émoussé, un peu pour le plaisir de les faire, et un peu pour le plaisir de les enfoncer dans le sol. Il se promenait sur le chemin et parfois, allait jusqu’à la source avec sa mère pour la voir tremper le seau en étain brillant dans l’eau et pour contempler avec étonnement l’effet produit. L’eau miroitait et le mur de pierres de la source semblait toujours se briser en morceaux ; ses fragments faisaient des vagues et flottaient dans la confusion jusqu’à ce qu’ils reviennent progressivement à leur place. Ce phénomène extraordinaire ne cessait de l’étonner.
Un jour la mère d’Alonzo le vit se diriger seul vers la source. Il avait pris son seau et allait tenter lui-même l’expérience merveilleuse. Sa mère lui dit de revenir et lui ordonna de ne jamais y aller seul. « Si tu y vas seul, » dit-elle, « tu vas tomber et te noyer. »
Cette raison ne convainquit pas Alonzo, mais il fut impressionné par le commandement, et pendant plusieurs jours il obéit. À la fin, cependant, quand sa mère était occupée dans une autre partie de la maison, il se dérobait sans bruit sur le chemin.
Il y avait comme une lutte en lui alors qu’il le faisait. « Alonzo, ce n’est vraiment pas bien », disait Conscience, car même à cet âge précoce, Conscience avait commencé à se développer. Conscience est cette petite voix que nous entendons dans nos têtes qui nous rappelle ce que nous savons déjà être bon ou mauvais. Elle ressemble souvent à la voix de ces adultes qui nous enseignent et nous aiment, et elle parle plus fort quand nous voulons lui résister.
Un cœur trompeur veut conquérir Conscience, non par une opposition directe mais par la fraude et la tromperie. Et les tendances décevantes et trompeuses du cœur se développent vraiment très tôt.
« Je ne vais pas descendre à la source », se disait Alonzo. « Je vais juste un peu sur le chemin. »
« Alonzo, » disait Conscience, à nouveau, « ce n’est pas bien. »
« Maman ne me verra pas, et je n’irai pas tout à fait vers l’eau, de sorte que je ne ferai aucun mal », se disait l’enfant en réponse, et il s’en allait en hésitant.
« Alonzo, » disait Conscience une troisième fois, mais avec une voix plus faible, « tu ne devrais pas aller plus loin. »
« Ma mère est trop stricte avec moi; il n’y a aucun mal que j’aille aussi loin. »
Il s’attardait un peu à mi-chemin sur le sentier, puis, lentement, retournait à la maison, dans un incessant dialogue entre Conscience et son cœur. Son cœur avait si bien réussi à tromper sa Conscience que quand il retourna sur le chemin, il savait à peine s’il faisait mal ou non. Cela ne semblait pas tout à fait bien, et une sorte de malaise le rongeait à l’intérieur, mais son cœur avait réussi par ses dérobades à tellement mettre en question l’ensemble de la transaction, qu’il ne pouvait vraiment dire qu’il avait tort. On avait appris à Alonzo que Dieu l’avait fait, et qu’il veillait sur lui en tout temps, mais d’une façon ou d’une autre, il lui arrivait de ne pas penser du tout à Lui au cours de sa désobéissance. Il avait également compris quelques-unes de ses obligations envers sa mère, pour sa gentillesse et d’amour pour lui; mais il lui arrivait de ne pas penser à elle alors qu’il désobéissait. La bataille consistait simplement, d’un côté, en de faibles murmures de Conscience lui disant sévèrement qu’il avait tort; et de l’autre, en tournures et décalages d’un cœur trompeur essayant de calmer, ou du moins de noyer, les influences perturbatrices de Conscience.
J’ai mis l’accent en particulier sur la nature de ce péché précoce, parce que ce fut ainsi qu’Alonzo commit tous ses péchés pendant de nombreuses années. Conscience le rendait mal à l’aise alors qu’il désobéissait, mais son cœur le trompait avec tant de dérobades et de questions, que chaque fois qu’il faisait quelque chose de mal, il n’était jamais tout à fait certain de faire clairement et complètement mal. Par exemple, quelques jours après la situation décrite ci-dessus, sa mère avait quitté la maison pour faire une course. Sa sœur, qui s’occupait de lui, l’avait laissé seul à la porte. Il prit le seau et commença à marcher lentement sur le chemin. Conscience, déjà vaincue et utilisée pour désobéir dans les petites choses, lui permit d’aller sans opposition sur une partie de la route, mais quand elle remarqua qu’il s’approchait effectivement de la source, elle secoua la tête et renouvela d’une voix basse son murmure solennel.
« Alonzo, Alonzo, tu sais que tu ne dois pas y aller, c’est interdit. »
« Je sais que je ne vais pas tomber », se dit Alonzo à lui-même.
« Alonzo », dit à nouveau Conscience, « tu ne dois pas désobéir. »
Alonzo essaya de ne pas l’entendre, et au lieu de répondre, se dit, « Il y a plusieurs jours qu’elle m’a dit de ne pas y aller. Elle ne voulait pas dire jamais. »
C’était vrai, pourtant il peut sembler surprenant qu’Alonzo puisse un instant se tromper avec un tel argument. Mais nous pouvons être trompés par n’importe quoi quand c’est notre humeur. Lorsque nous péchons, nous aimons être trompés sur le péché. Par conséquent, il est très facile pour un cœur dépravé de justifier son erreur.
Tout en se disant que sa mère ne pouvait pas avoir voulu dire qu’il ne devait jamais y aller, Alonzo se pencha sur la source et y plongea son seau en tremblant. L’effet spécial dans l’eau se produisit. Les pierres et la mousse s’agitaient et frissonnaient, pour le plaisir indicible d’Alonzo. Son esprit était dans une excitation fébrile : Conscience l’appelait, essayait en vain de lui faire entendre; Craignez d’être vu, chuchotait-elle avec impatience ; Curiosité lui demandait encore et encore de refaire sa merveilleuse expérience.
Alonzo était un tout petit enfant. Et même si tous ces mots n’ont pas dû être utilisés dans sa tête, ils décrivaient exactement les pensées et les sentiments de son cœur.
Enfin, il retira vite son seau et revint à la maison. Conscience essaya, l’excitation de l’expérience passée, de gagner son attention. Mais elle ne pouvait pas. Son cœur penchait encore pour tromper et être trompé.
Il pensait : « Ma mère a dit que je pourrais tomber et me noyer si je vais là-bas, et je ne suis pas tombé. Je savais que je ne tomberais pas. »
Ainsi, au lieu de penser à sa culpabilité et à sa désobéissance, il était occupé avec la pensée qu’il en savait plus que sa mère. Autrement dit, le cœur qui aurait dû être désolé et humilié sous le fardeau du péché couvrait sa culpabilité de tromperie et de fierté.
Les années passèrent, et Alonzo grandit en force et en stature ; mais il continuait avec le même cœur. Au lieu de jouer autour de la pierre plate de la porte, on pouvait le voir enfin conduire la charrue de son père, ou en train de faire des ballots d’herbe sèche dans le pré ou de cueillir des baies sur le flanc de la colline, certains après-midi d’été. Il commettait sans cesse des péchés de la même manière. Ces péchés étaient différents selon les circonstances et le caractère, à mesure qu’il grandissait, mais leurs natures restaient les mêmes, tant que les sentiments du cœur étaient concernés. Il y avait le même murmure de Conscience, les mêmes détours et dérobades de son cœur, la même tromperie personnelle, et le même succès pour s’amener à douter que l’acte de transgression qu’il commettait était bon ou mauvais.
Ses parents l’élevèrent bien, du moins tant que son comportement était socialement convenable. Ils lui apprirent la différence entre faire le bien et le mal (selon l’opinion de la plupart), et quand ils savaient qu’il avait désobéi, ils le punissaient sérieusement. Mais comme ils ne savaient pas lui apprendre à comprendre son propre cœur, c’est-à-dire, pourquoi il choisissait de faire ce qu’il faisait, il agissait plus par habitude que par conviction. De cette manière, sa Conscience apprenait à juger par les seules actions extérieures. La voix de sa Conscience l’empêchait de faire ce qui était mauvais extérieurement, mais dans son cœur, il ne savait jamais pourquoi il faisait ou ne pas faisait pas les choses.
Par conséquent, il faisait d’autres choses, mauvaises aussi, sans y penser une seconde fois. Par exemple, il aurait frémi à l’idée de voler même une broche à sa sœur, mais il pouvait réellement la troubler par des désirs et des demandes déraisonnables et lui causer autant de peine que s’il lui avait volé quelque chose de très précieux. S’il avait entrepris de voler une petite image sur son bureau, Conscience aurait grondé si fort qu’il n’aurait pas agi, mais il pouvait la taquiner et l’agacer par son comportement déraisonnable et égoïste sans aucun regret. Si son cœur avait été honnête et aiguisé à découvrir son réel caractère, ces situations lui auraient appris que son honnêteté était fondée sur l’habitude et la situation, et ne reposaient sur aucun fondement véritable. Mais son cœur n’était ni honnête ni fort à son égard; il aimait être trompé. Quand il lut une histoire de vol dans un livre de contes, il pensa avec beaucoup de plaisir qu’il était en comparaison, un bon garçon honnête.
Il n’oubliait pas de « dire ses prières », matin et soir. Mais, même s’il avait péché au cours de la journée, il ne pensait jamais à se mettre devant Dieu pour se confesser et demander pardon. Si son cœur avait été honnête et fort en découvrant son propre caractère, il aurait appris que sa bonté n’était que pour la forme, et qu’il n’avait pas de véritable affection pour Dieu. Sa relation avec Dieu était « quelque chose d’extérieur », et non quelque chose de personnel d’un cœur à un autre, comme à un ami de confiance. Son cœur, cependant, n’était pas honnête, et même s’il n’y avait jamais beaucoup pensé, il avait toujours l’impression dans son esprit d’être l’ami de Dieu et se prosternait régulièrement devant lui. Il savait très bien que parfois il péchait, mais il ne pensait pas que c’était souvent. Il réussissait souvent à aveugler ou à tromper Conscience pour la faire douter. S’il arrivait à la mettre en question, il allait commettre le péché, avec la vague idée d’en examiner le cas plus tard. Mais ensuite, une fois le plaisir du péché terminé, il trouvait que le vrai caractère moral de la transaction était un sujet plutôt désagréable pour y penser ; alors il la laissait pourrir dans sa mémoire et çà lui restait sur le coeur. Bien que beaucoup de ces souvenirs le dérangeaient et le rendaient mal à l’aise, il se trompait encore en croyant qu’il était un jeune homme très vertueux et prometteur.
Quand il eut environ douze ans, Alonzo fit une découverte qui le fit sursauter et l’effraya. Des jeunes avaient planifié d’escalader le sommet d’une montagne qui s’élevait comme un éperon de la chaîne principale, et dressait sa tête rocheuse au milieu des nuages, et visible de la ferme de son père. Ses compagnons étaient du type ignoble et bien loin de l’idéal d’un jeune homme qui espérait grandir pour être fort et sage et utile. Et pourtant, comment pouvait-il espérer influencer ces malheureux s’il ne courait pas avec eux et ne faisait semblant d’être un des leurs ? C’était « bien sûr » une stratégie et « pas du tout pour le plaisir. » Cette excuse pour vouloir y aller lui semblait bonne, mais Alonzo avait quelques doutes que sa mère et son père la trouvent également bonne. Une chose jouait en sa faveur, cependant : son père était absent, parti en ville pour une affaire pendant plusieurs jours. Alonzo, certain que son père serait le plus dur à convaincre, sentait qu’il pouvait persuader sa mère sans son père pour l’aider. Alonzo pensait que s’il priait et suppliait sa mère, elle lui donnerait sa permission, même si elle pensait que ses raisons de vouloir y aller étaient mauvaises. En tout cas, il a pensé que cela valait la peine d’essayer.
Il arriva le samedi après-midi, et debout près de sa mère, qui achevait un peu de couture, il présenta nerveusement sa demande. Elle l’écouta avec surprise, puis lui dit qu’il ne devait pas aller.
« Ce serait très mal, » lui dit-elle.
« Mais maman, nous allons marcher très calmement. Nous n’allons pas rire ou jouer. Ce sera juste une petite marche après le coucher du soleil et je serai de bonne influence ».
La mère d’Alonzo resta silencieuse.
« Viens, maman, » dit le garçon, dans l’espoir qu’il avait fait quelque impression, « laisse-moi y aller. Dis-moi oui, juste pour cette fois ».
Au bout d’un instant, elle répondit :
« Certaines personnes tentent vraiment de rationaliser les commandements de Dieu afin d’éviter les mauvaises compagnies et de vouloir être ami avec ceux qui n’ont pas le désir d’obéir à Dieu. Mais nous ne pouvons changer et modifier les lois de Dieu pour répondre à nos plaisirs. Maintenant, même si tu as promis de marcher sans rire et sans jouer, je sais très bien que c’est juste une excuse. En fait, une telle expédition, avec de tels compagnons, ne sera rien de plus qu’une chance de céder à ta chair. Pourquoi viens-tu me demander de te laisser désobéir alors que, tu le sais, Dieu ne le permet manifestement pas ? Il est impossible pour moi de te donner ma permission ».
Pendant que sa mère prononçait ces mots, des émotions de colère et de rage commençaient à monter et à grossir dans le cœur d’Alonzo. Prévoyant la fin de la phrase, il commença à marcher vers la porte et, juste avant les dernières paroles, il était parti. Il ferma la porte violemment, en murmurant, « Elle ne me laisse jamais faire ce que je veux. »
Dans un état de misère et de péché (auquel, je suis sûr, tous mes lecteurs peuvent s’apparenter), il sortit de la maison et se laissa tomber sur un banc qu’il avait fait dans le petit verger. Là, il s’arrêta de faire semblant d’avoir de la maîtrise de soi et permit à toute la rage emmagasinée et la colère égoïste de sortir de son cœur. Rapidement, cependant, quand sa colère se calma un peu, il fut en mesure de voir la méchanceté de son cœur plus clairement que jamais.
Quelque chose en lui semblait dire : « Quel garçon déraisonnable, ingrat et méchant, tu es, Alonzo. Voici ta mère, une mère gentille comme il n’y en a jamais eue. Tu lui dois même la vie. Elle a pris soin de toi pendant des années, sans rien attendre en retour, et a tout fait pour te rendre heureux; et maintenant, parce qu’elle ne te laisse pas faire ce qui est manifestement mal, ton cœur est plein de colère, de méchanceté, et de vengeance. Quel cœur méchant ! L’amour et la confiance sont oubliés, et tout sentiment de gratitude pour de longues années de bonté est brisé parce qu’elle a dit ‘NON !’ à tes désirs méchants. »
Alonzo se voyait clairement, comme on se regarde dans un miroir. Mais il désirait juste se regarder honnêtement un instant. Alors il tourna les yeux au loin laissant s’éloigner la pensée et choisit de laisser les sombres et lourds nuages de la colère tourner dans son âme. Il était assis sur le banc dans un silence morose.
Plusieurs minutes après, la pensée revint et de nouveau il recommença à voir qu’il faisait très mal; de tels sentiments envers sa mère étaient, il le savait, déraisonnables et coupables, et il décida de ne pas leur céder. Alors il se leva et se dirigea par une petite porte dans la cour où étaient posées des piles de longues bûches, dont l’une avait été roulée et partiellement coupée. Il prit la hache et se mit à travailler. Mais il apprit vite que c’était une chose de voir que ses sentiments étaient mauvais, et que c’en était une autre de se sentir bien. Telle est la nature du péché. Reconnaître le péché pour ce qu’il est n’est pas la même chose que de s’en repentir ; pas plus que de voir des ordures sous votre évier n’est la même chose que de les sortir dans la poubelle. Son esprit était dans une espèce de chaos. Visions vagues du versant de la colline, aggravation de sa déception, malaise pour la façon dont il traitait sa mère, tout se mélangeait dans son âme. « Je souhaite avoir un sentiment juste envers mère à ce sujet » ; se disait-il ; mais son cœur était encore d’humeur maussade et rempli de frustration. Parce qu’il voulait, en vérité, ressentir l’intimité avec sa mère sans avoir à dire qu’il était désolé ou sans céder le droit à sa demande égoïste. Au lieu de se repentir, il décida qu’il était préférable d’oublier toute l’affaire pour le moment. Donc, il posa la hache et commença à ramasser des copeaux et des bâtons pour les mettre à l’intérieur pour allumer le feu du matin. Il décréta en secret que quand il rentrerait et rencontrerait sa mère, il ne lui montrerait pas son impatience et sa colère, mais qu’il agirait « comme si de rien n’était. »
Tout comme si de rien n’était ! Comment, après un tel acte d’irrévérence, d’ingratitude et de désobéissance, pouvait-il agir comme si de rien n’était ! On pouvait penser qu’Alonzo avait un grave problème avec ce projet égoïste.
Mais Alonzo avait déjà décidé de détourner son regard de son image dans le miroir. Son cœur se cramponnait à son péché et aimait être trompé. Il lui semblait impossible de ressentir la douceur d’un vrai et sincère repentir, l’amour et la gratitude que sa mère, il le savait, méritait, et surtout cette soumission joyeuse à sa décision qu’il devait, il le savait, ressentir. Donc, il en conclut de tout oublier. La fontaine empoisonnée de l’égoïsme qui avait si soudainement éclaté dans son cœur était encore une fois cachée, apaisée, pourtant prête à bouillir à nouveau pour toute résistance à ses exigences.
Cet événement, et d’autres du même genre, amena Alonzo à penser que son péché et son égoïsme pouvaient aller plus loin que ce qu’il avait imaginé, mais il essaya de ne pas trop y penser. Sa vie s’écoulait sans beaucoup de réflexion ou d’estime pour son caractère ou ses projets en tant qu’être moral. Il soupçonnait, cependant, sans cesse que quelque chose était faux, mais il ne s’arrêtait pas pour examiner l’affaire. Le petit malaise que causait ce soupçon était calmé et apaisé par une idée dominante: que beaucoup de choses étaient excellentes dans sa conduite et son caractère. Il était généralement considéré comme un bon garçon. Il eut beaucoup de fierté à cette pensée. Une des formes les plus grossières de séduction adoptée par le cœur consiste à croire que nous méritons tout ce que les autres reconnaissent à notre crédit. Cela est particulièrement vrai concernant nos « bonnes qualités » que nous savons être fondées davantage sur la formation et l’habitude que sur la vraie disposition de notre cœur. Personne n’est aussi calme et fou que celui qui se trompe.
Un incident survint à ce sujet, qui ouvrit presque les yeux d’Alonzo sur le vrai caractère de certaines de ses vertus. Pendant les mois d’hiver, il allait à l’école, et parmi les bonnes qualités qu’il aimait montrer, il y en avait dont il était plus fier. Un après-midi, alors qu’il rentrait à la maison avec un cartable vert plein de livres qu’il portait en bandoulière sur son épaule, il s’arrêta quelques minutes au ruisseau qui traversait la route et regarda par-dessus le pont la glace colorée et lisse qui recouvrait l’eau profonde. Cela était si beau et clair; il descendit, et fit prudemment quelques pas sur la glace. Elle était si transparente qu’il semblait impossible qu’elle soit solide. (Remarque : ... Observation intéressante. A celui dont le cœur est fermé, c’est-à-dire, « opaque », la transparence est considérée comme une faiblesse, sans force) Il s’assit sur une pierre émergeant de l’eau, et, c’est alors que survint son professeur qui s’arrêta sur le pont, et commença à discuter avec lui. Alonzo et l’enseignant étaient en très bons termes, et après avoir parlé ensemble quelques minutes au ruisseau, ils firent un bout de chemin ensemble.
Leur route passait à travers les bois, et conduisait par un chemin plus court que la route principale, à l’endroit de la ville où ils allaient tous deux.
Comme ils enjambaient une partie basse dans la clôture en bois où leur chemin déviait de la route, le professeur dit à Alonzo, « Je suis heureux de te voir amener tes livres à la maison. »
« J’aime étudier mes leçons à la maison le soir », déclara Alonzo avec un sentiment de satisfaction secrète.
« Eh bien, Alonzo, que dis-tu si je te dis que je peux deviner exactement quels livres que tu as dans ton cartable ? »
« Je ne sais pas, » répondit Alonzo, « peut-être m’avez-vous vu les ranger. »
« Non, je ne t’ai pas vu. »
« Eh bien, vous pouvez le dire par la forme des livres que vous voyez en regardant le cartable. »
« Non, » dit le professeur, « Je vois que tu as soit ton livre d’écriture soit ton Atlas, mais je ne pourrais dire lequel en regardant le cartable. Je vois qu’il y a aussi un livre de taille moyenne, mais sa taille seule ne me dit pas si c’est ton livre d’arithmétique, de géographie ou de grammaire ».
« Eh bien, que pensez-vous que ce soit ? »
« Je pense qu’il s’agit de ton cahier d’écriture et de ton livre d’orthographe. »
Alonzo avait l’air surpris et curieux. Il dit au professeur qu’il avait raison, et lui demanda comment il le savait.
« Je le sais par ton caractère. »
« Par mon caractère ! », déclara Alonzo, « qu’entendez-vous par là ? »
« Je vais te dire, même si je pense que ça va te faire de la peine plutôt que du plaisir. Tu es l’un des meilleurs garçons de mon école, tu me donnes très peu de souci, et tu es en général appliqué dans vos devoirs - obéissant et fidèle. Maintenant, as-tu déjà réfléchi à tes motivations ? »
« Non, monsieur, je n’y ai jamais pensé en particulier. Je veux améliorer mon temps et apprendre autant que je peux, et aussi pour être utile quand je serai un homme ».
Alonzo pensait que ce devrait être son mobile, et il avait envie qu’il en soit ainsi. Il ne voulait pas mentir. Il ne disait pas cela parce qu’il voulait tromper son professeur. Mais alors qu’Alonzo ne disait pas consciemment un mensonge, ce n’était pas un garçon qui faisait l’effort de dire consciemment la vérité. Aussi, son cœur le trompait. Il en est ainsi de nous tous.
« Tu le penses, je ne doute pas. Mais maintenant, je voudrais te poser une question. Quelles sont les deux matières où tu penses être le meilleur ? »
Alonzo ne voulait pas répondre ; il savait qu’il était très fier de bien écrire et d’être presque toujours à la tête de sa classe en orthographe. Enfin, il dit, d’un air modeste, qu’il pensait « s’intéresser autant à l’écriture et à ses leçons d’orthographe, qu’à autre chose. »
« Y at-il des matières où tu progresses moins ? »
« Oui monsieur. »
« Eh bien, » dit le professeur, « maintenant, je veux te poser une autre question. Comment se fait-il que ce sont le livre d’écriture et le livre d’orthographe, qui représentent les deux matières où tu es le meilleur, et que, bien sûr, tu n’as guère besoin de pratiquer, que tu ramènes à la maison pour travailler le soir ? »
Alonzo ne répondit pas immédiatement. En fait, il n’avait pas de réponse sous la main. Il pensait que s’il avait tendance à étudier en dehors des heures scolaires, il avait le droit d’amener à la maison tous les livres qui lui plaisaient ; cependant, il ne le dit pas.
« Et je voudrais te poser une autre question », déclara le professeur. « Dans quelle matière penses-tu être le plus médiocre ? »
« Je suppose que c’est en arithmétique, » répondit Alonzo, se rappelant comment il détestait, et évitait autant que possible, tout ce qui concernait le calcul.
« Et tu n’apportes jamais à la maison ton arithmétique pour étudier le soir ? »
Alonzo secoua la tête, « non ».
« Maintenant, tu sais qu’il y a peu de sujets plus importants pour un homme que la connaissance des chiffres. Comment se fait-il alors, si ta motivation est d’être bon pour être utile et heureux quand tu seras un homme, que le vrai sujet dans lequel tu as le plus besoin de t’améliorer est celui-là même pour lequel tu ne fais jamais aucun effort volontaire ? »
Il y eut une petite pause, pendant laquelle Alonzo semblait sérieux. Il se sentait très malheureux. Il lui semblait que son professeur était méchant. Il avait volontairement apporté ses livres à la maison pour étudier ses leçons pour le lendemain afin de plaire à l’enseignant, et qu’on lui reproche seulement de ne pas avoir prévu d’apporter son arithmétique au lieu de son orthographe, était très dur. Les larmes lui vinrent aux yeux, mais il s’efforça de les étouffer et ne dit rien.
« Je sais, Alonzo », continua le professeur, « que mes questions te troubleront. Je ne les ai pas posées, cependant, pour te perturber, mais dans le but de te permettre de voir dans ton cœur et d’apprendre une leçon de sa tromperie. Je veux que tu y penses ce soir, quand tu es seul, et peut-être je t’en reparlerai un jour ».
Ce disant, ils se retrouvèrent à nouveau dans la rue près de la résidence de l’enseignant. Ils se saluèrent, et Alonzo continua seul.
« Il veut dire, » pensait Alonzo, « que si je voulais honnêtement m’améliorer, je devrais prendre un plus grand intérêt pour les matières dans lesquelles je suis médiocre. » Comme cette pensée lui venait à l’esprit, il eut une rapide et sombre vision de son orgueil, de sa vanité, de son amour pour la louange qu’il voyait soudain révélés comme la source secrète de tous ses efforts à l’école dont il était fier. Mais voir toutes ces vertus irréelles de dur travail, d’amour du savoir et du désir d’être consciencieux et fidèle, se transformer d’un coup en haillons dégoutants à cause de deux simples questions, l’attristait. Il fut donc heureux de voir un chargement de bois arriver dans la cour de son père alors qu’il rentrait, et il se hâta de l’aider à décharger. Il réussit ainsi, une fois de plus, à la vue de son vrai visage dans le miroir, à se distraire avec les occupations de la vie sans vraiment décider si l’enseignant disait vrai ou non.
La conversation avec son professeur, cependant, le secoua et affaiblit sa foi dans les « bons » traits de son caractère. Il ne décida pas que tous ces traits étaient creux et superficiels, mais il éprouvait une vague crainte qu’ils pourraient vraiment l’être. C’était une autre sorte de malaise qui s’installait dans son cœur ; une partie du fardeau du péché qu’il portait sans y penser beaucoup.
C’est ainsi que vécut Alonzo. De douze il passa à quinze ans, et de quinze à vingt. Il devint un jeune homme athlétique et fort, connu et estimé pour son assiduité, sa sobriété et sa fermeté de caractère. Le temps approchait pour lui d’être reconnu par tous comme un adulte, et à cet âge, sa condition morale pouvait se résumer ainsi :
D’abord, les qualités louables de son caractère avaient été façonnées au lieu de venir de lui. Il était un produit de son environnement et non de la vie (la vie de Dieu) en lui. Son comportement, ses priorités et ses valeurs résultaient seulement des contraintes imposées par les opinions de ceux qui étaient autour de lui, de l’influence de sa conscience qui avait été cultivée par le sens externe du « bien et du mal » de ses parents, et, finalement, du malaise qu’il ressentait quand il faisait les choses différemment de ce qu’il devait (ce qui est différent de l’habitude ou de la « tradition »). Sa stabilité et son sang-froid, par exemple, étaient fondés principalement sur le premier, sa considération pour les commandements de Dieu sur le deuxième, et son sens du dur travail sur le dernier.
Deuxièmement, il ne faisait aucun effort réel pour améliorer son caractère. En fait, il ressentait peu d’intérêt ou de motivation pour le faire. Quand c’était le moment d’apprendre et de travailler, par exemple sur la ferme de son père, il le faisait avec son esprit et sa force, mais son cœur était tout le temps ailleurs. Son cœur était plus intéressé par les divers amusements charnels dans lesquels les autres jeunes du quartier s’impliquaient quand le travail était fini: la promenade en traîneau, l’école de chant, la partie de pêche et la randonnée. Le soir, il s’occupait avec ces plaisirs, et le lendemain, à son travail, il planifiait la prochaine soirée. Ainsi, la vie glissait d’une occasion de recherche du plaisir à une autre. Je ne dis pas qu’il était totalement désintéressé par la superficialité de son caractère. Ces découvertes comme déjà décrites, lui donnaient un aperçu passager des secrets de son cœur. Et ce qu’il voyait lui donnait un instant envie de changer. Mais même s’il savait que la «bonté» de son caractère était seulement dans la forme, il tenait plus aux éloges qu’il recevait des autres qu’à l’affrontement honnête des vanités de son cœur trompeur. Il ne pouvait être honnête avec lui-même, tant sa justice était comme « un vêtement souillé », sans être tout aussi honnête avec ceux dont il pouvait perdre les éloges. Donc, il continuait tranquillement et pensait à autre chose.
Enfin, il n’y avait aucun lien spirituel entre son âme et Dieu. Je veux dire pas de connexion d’amour, pas de communion et aucun échange de pensée ou de sentiment. On lui avait essentiellement appris que la relation avec Dieu était juste une formule extérieure, et non une réalité intérieure. Tout comme on aurait enseigné à un jeune homme qu’être un « bon mari » était juste « ce que tu fais », même si dans son cœur il n’aimait pas son épouse. Par exemple, il avait appris à répéter une prière matin et soir, et il continua cette pratique, en la considérant comme un de ses « devoirs ». En grandissant, cependant, il négligeait souvent celle du matin, jusqu’à l’oublier complètement ; et il rencontra peu à peu une réticence croissante à dire celle du soir. Il l’oubliait souvent, pas vraiment de manière intentionnelle, à vrai dire -il oubliait tout simplement ; ou alors, il était très fatigué et se mettait de suite au lit. Ces omissions, cependant (qui, soit dit en passant, étaient beaucoup plus fréquentes qu’il pensait), ne le troublaient pas trop, et il se mit à penser que la pratique était destinée aux enfants et qu’il devenait trop âgé pour de telles choses. Le puits de son cœur, qui aurait dû être profond et rempli de l’amour de Dieu, était sec parce qu’il ne Le connaissait pas. Il n’y avait pas d’Eau Vive où puiser ses prières. Pas étonnant qu’il les ait oubliées. Et quand il pensait à prier, c’était seulement une formule sèche. Il n’y avait pas de communion ou de connexion entre lui et Dieu. Tant que les sentiments de son cœur étaient concernés, il vécut dans l’indépendance de son Créateur. Il n’était pas concerné par Dieu.
Tel était l’état d’Alonzo l’hiver avant ses vingt et un ans. Un soir, pendant cet hiver, il assistait à une réunion religieuse dans une école locale. Un inconnu, qui avait touché les cœurs l’année précédente, revenait en ville. Il était prévu que, si les gens étaient en un seul endroit, peut-être entendraient-ils Dieu. L’étranger, en fait, avait des pensées à partager. Les gens de familles d’agriculteurs locaux vinrent de plusieurs miles autour. Leurs motivations étaient mélangées. Il y avait de la curiosité à propos de l’étranger, le plaisir d’une expédition d’un soir d’hiver, la lueur de la grande flamme de feu de bois rayonnant sur une centaine de visages brillants et joyeux, et dans au moins certains cas, le désir sincère de connaître et de faire la Volonté de Dieu. Alonzo harnacha un cheval fort et bien nourri sur un traîneau aux couleurs vives, aida son père et sa mère à s’installer sur le siège arrière, et monta lui-même au niveau supérieur à l’avant ; ils partirent dans un cliquetis vers la vallée. Ils furent vite rendus invisibles par les détours de la route entre les arbres, et le bruit des grelots faiblit jusqu’à ce que, bientôt on ne les entendit plus.
Peu avant dix heures, on aurait pu voir Alonzo revenir lentement de la vallée. La lune s’était levée et brillait à travers les arbres, éclairant d’une belle lumière blanche les couronnes de neige qui pendaient. Le cheval avançait lentement ; et Alonzo faisait des croix avec son fouet sur la surface lisse de la neige qui bordait la route. Il était perdu dans ses pensées. Le sujet d’enseignement de l’Etranger était l’importance de se préparer pour un autre monde. Il arriva, pour une raison ou pour une autre, que l’esprit d’Alonzo était dans un tel état contemplatif et calme ce soir-là, que l’enseignement lui fit forte impression. Ce n’était pas que l’Etranger était un orateur extraordinaire, ou qu’Alonzo n’avait jamais entendu ces mots auparavant. Mais ce soir-là, la Parole de Dieu était venue avec puissance ; puissance pour pénétrer l’oreille et pour toucher le cœur. Il sortit pensif de la réunion. Et rentra chez lui en silence. Une nouvelle compréhension semblait s’ouvrir à son esprit. Pour la première fois, le monde spirituel lui semblait réel. Si réel, en fait, qu’il se demandait pourquoi il ne s’y préparait pas. Son père et sa mère étaient montés eux aussi en silence, sans connaître les pensées de l’autre, mais pensant chacun à leur fils. Une rare et divine influence se mouvait dans les cœurs de tous.
Alonzo permit à ces pensées, elles aussi, de s’éloigner le lendemain, mais elles lui laissèrent une impression plus nette que ses autres pensées habituelles : qu’il avait un grand travail à faire avant de quitter le monde, et que ce travail n’avait pas encore commencé.
Il prit soin de dire la prière de son enfance cette nuit-là, avec un grand sérieux, et il s’efforça de réfléchir à sa signification en la répétant. Mais il y a une immense différence entre la compréhension des mots dans la tête et la « connaissance » de leur signification dans le cœur. Alors que l’effort humain peut saisir le sens des mots (et cela seulement en partie), Dieu SEUL peut révéler leur sens profond et mettre à nu les motivations de nos cœurs. Et IL veut le faire pour un cœur qui le cherche sincèrement. Mais Alonzo n’avait pas un tel cœur. Il se contentait de considérer le sens de la prière, sans lui permettre de mettre son cœur à nu. C’était suffisant pour satisfaire un cœur trompeur et fourbe, et Alonzo classa ses soucis au sujet du salut de son âme en allant dormir, pensant que c’était un bon début.
L’attention d’Alonzo fut occupée tôt le lendemain matin par une excursion dans la forêt pour charger du bois avec son père, et il oublia totalement les chuchotements de Dieu dans son cœur la veille. Cela le découragea un peu. Cependant, il offrit de nouveau sa prière en s’efforçant d’en garder le sens dans son esprit, mais avec moins de succès que la veille au soir. Il ne pouvait contrôler ses pensées, et, tandis qu’il disait « mes péchés ont été nombreux et graves » ou « ne me soumets pas à la tentation, » sa pensée s’attachait aux dernières scènes de la journée ; il était dehors, dans la forêt où il avait travaillé ou inspecté les petites meules de foin dans le grenier de la grange ou encore il avait monté son cheval préféré avec plaisir et l’avait nourri à l’étable.
Alonzo était tellement mécontent de sa prière qu’il la recommença avant d’arriver au bout, mais sans plus de succès. Il était en colère contre lui-même de ne pas pouvoir empêcher ses pensées de vagabonder. Il ne comprenait pas la nature de son problème.L’explication évidente était un cœur éloigné de Dieu et régi par ses propres tendances spontanées. Volontiers trompé, il était spirituellement aveugle.
Cependant, le cœur trompeur d’Alonzo avait si bien réussi qu’il pensait que sa deuxième prière suffirait, et il s’assoupit peu à peu.
Des semaines passèrent, et Alonzo fit peu d’efforts pour être religieux. Il ne partagea ses sentiments avec personne. En fait, il voulait que personne ne sache qu’il essayait de prendre plus au sérieux le fait de « servir Dieu ». Soit parce qu’il avait honte d’être vu au service d’un tel Maître, soit parce qu’il pensait que ce sérieux nouvellement trouvé nécessitait un plus grand degré d’humilité, nous ne saurons dire. En tout cas, il prenait soin de le dissimuler.
Naturellement, il fit peu de progrès. Les semaines et les mois passèrent, et il lui semblait qu’il n’avait pas changé. La vérité était qu’un courant imperceptible l’emportait, mais dont les effets, considérés dans le temps, étaient très manifestes. Ses efforts étaient comparables à celui d’un petit sauteur d’eau (une punaise) dont il avait souvent observé les mouvements sur le ruisseau de son père. Le sauteur faisait de temps en temps un effort saccadé et bref pour nager en amont mais il était ramené vers l’arrière par un courant stable et incessant dans son écoulement. Il en résultait qu’un effort constant était nécessaire juste pour se maintenir où il était, et arrêter d’essayer d’avancer signifiait être précipité dans les chutes plus bas.
Alonzo ressemblait au sauteur à d’autres égards. Il voyait clairement ses propres efforts répétés, mais ne voyait pas le travail lent, doux et continu du courant le tirant vers le bas. Comme le sauteur, son visage était tourné vers le haut du ruisseau, où tout était lisse et ensoleillé et beau. Il ne voyait pas le gouffre sombre qui bâillait derrière lui. Il ne voulait pas voir.
Le cœur fermé à cette réalité, Alonzo fit peu de progrès. Le travail était très dur. Il ressentait que dans l’ensemble il n’avançait pas, et pourtant il pouvait à peine dire pourquoi. Il y avait de nombreuses difficultés, dont il ressentait le fonctionnement, mais elles lui semblaient mystérieuses et inexplicables.
D’abord, il oubliait constamment toutes ses bonnes intentions. Il pouvait, par exemple, réfléchir sur certains jours de la semaine - sur ses droits et obligations, et décidait d’être vigilant toute la semaine à venir pour se préserver du péché et pour garder son cœur droit. Mais il trouvait très difficile de contrôler sa conduite d’une journée par les résolutions de la veille. Le samedi soir arrivait et il se réveillait, pour ainsi dire, de son rêve d’affaires et de plaisir et trouvait que son “travail spirituel” avait été entièrement négligé et oublié pendant la semaine. A la fois honteux et furieux contre lui-même, il décidait de recommencer et d’être cette fois plus engagé. Mais, ses convictions renouvelées étaient toujours de courte durée, et les «bonnes actions» qu’il projetait sombraient une fois de plus dans l’oubli. Que pouvait-il faire? Il ne manquait pas de bonnes intentions. Mais comment pouvait-il faire durer ces intentions dans l’agitation de sa semaine? Que pouvait-il faire pour que ses convictions, ou plutôt l’émotion qu’il ressentait de « faire la bonne chose », guident, en début de semaine, tout son comportement de la semaine ? C’était pour lui une grande frustration. S’il ne pensait pas à ses résolutions au bon moment, bien sûr, il ne pouvait les tenir, et il était incapable de discipliner son âme de manière à y penser au bon moment.
Une autre difficulté rendait Alonzo très perplexe et le troublait dans ses tentatives de se réformer. Parfois, il lui semblait impossible de contrôler ses mauvais sentiments. Quand il était bouleversé et irrité, comme il l’était parfois au travail, ou quand il pensait que sa mère lui imposait d’injustes limitations, il était conscient que ses sentiments étaient mauvais et qu’il luttait de toute sa force sans pouvoir les vaincre. Mais alors qu’Alonzo était encore plus soucieux de se sentir bien à propos de lui-même que de vraiment trouver Dieu, il continuait de trouver des moyens pour se tromper. Donc, ce problème était toujours pire qu’il ne le supposait. Quand il réussissait à contrôler son comportement, et à ne pas exprimer sa colère ou sa frustration, il supposait que tout était bien. Mais il mettait de côté le compromis avec ses sentiments qui brûlait encore dans son cœur. À d’autres moments, il cédait à l’apitoiement et déprimait. Mais au lieu de crier à Dieu d’un cœur honnête, il se consolait avec des pensées comme : « Comment puis-je être condamné pour des pensées que je ne peux contrôler ? »
Ainsi, Alonzo ne se rappelait pas ses convictions dans les petites tentations, et dans les plus grandes, il n’avait pas la force de caractère de les garder. Il ne savait que faire, pourtant il n’était pas vraiment inquiet. Il avait cependant à l’esprit cette vague idée que Dieu attendait qu’il fasse un grand travail ; une grande tâche ou un effort, qui, une fois réalisé permettrait de résoudre tous ses problèmes. Il devait seulement concentrer son esprit et son énergie pour l’accomplir. Il décida de s’y consacrer bientôt. Mais une chose, puis une autre, semblait différer qu’il le fasse de tout cœur. L’hiver était si froid qu’il ne pouvait aisément être seul autant qu’il le souhaitait. Il pensait que lorsque les soirées chaudes du printemps arriveraient, il pourrait profiter de plus de solitude. Le printemps, décida-t-il, serait une saison plus commode. Le printemps venu, ils avaient sans cesse du travail, et Alonzo espérait avec impatience le moment où il aurait du temps libre. Mais après la plantation il y eut la fenaison, et après la fenaison, la moisson. Alors Alonzo pensa que, dans quelques mois, il serait libre et s’arrangerait pour avoir plus de « temps calme ». Ainsi passait le temps. Alonzo était convaincu qu’il cherchait simplement l’occasion de suivre Dieu et de lui obéir. Mais il se trompait. La vérité était une aversion innée pour regarder honnêtement dans son cœur, se repentir de ce qu’il pourrait y trouver, et se tourner vers Dieu avec sincérité et obéissance. Il y avait une étrange contradiction dans ses idées. Quand il essayait de purifier et de réformer son cœur, il constatait qu’il ne pouvait le faire. Il avait encore l’impression, vague et indéfinie mais sûre, qu’il pourrait facilement effectuer ce travail à tout moment. Par conséquent, il était important qu’il attende une saison plus propice. Sa procrastination ne le rendait pas mal à l’aise ou inquiet, car il était certain que bien qu’il ne fasse pas tout qu’il le pouvait faire, il n’était pas totalement négligent. En vérité, Alonzo n’essayait rien vraiment. Et il comprenait mal que Dieu regarde les attitudes de nos cœurs plus que « combien nous faisons » de toute façon.
Le père d’Alonzo lui avait acheté une petite ferme à un mile ou deux de la sienne. Pendant quelques mois, Alonzo avait été très intéressé par ses préparatifs pour l’obtenir quand il eut ses vingt et un ans; puis, durant plusieurs mois, toute son âme fut absorbée par ses plans et travaux pour la réfection des lieux, pour garder son stock en bon ordre et planter la première graine dans le sol. Au cours de ces mois, il demeura chez son père, laissant sa petite ferme vide et désolée. Parfois, cependant, il y amenait un meuble, le rentrait et lui trouvait une place, et en faisait le tour avec un regard de satisfaction. D’abord il amena un bureau teinté en bouleau, puis une demi-douzaine de chaises, puis un lit ; ensuite suivirent quelques ustensiles de cuisine, et il entassa un tas de bois dans la cour. En peu de temps, la maison commença à ressembler à une maison destinée à être habitée.
Enfin, les voisins virent un soir de la lumière dans les deux pièces, car il n’y en avait que deux. Les préparatifs avançaient, et à huit heures Alonzo conduisant le traîneau jusqu’à sa porte fit entrer, d’abord sa sœur, puis la mariée, qu’il avait amenées pour partager les responsabilités de sa nouvelle maison.
Alonzo amena son cheval à la grange, lui enleva son harnais et l’attacha à son box préalablement rempli de foin. Tout en faisant cela, il ne pouvait s’empêcher de penser à ce qu’il «devait» à Dieu, pour lui avoir donné une telle prospérité, et pour lui donner, ainsi qu’à son épouse, un tel bonheur dans leur nouvelle maison. Il pensait qu’il devait être reconnaissant. Mais c’était, comme il le constata plus tard, autre chose que d’être vraiment reconnaissant. En tout cas, étant donné qu’un sentiment de « devoir » était tout ce qu’il pouvait offrir à un Dieu qu’il ne connaissait pas, cela lui fit penser à la question de savoir s’il devait commencer cette première nuit en famille en priant avec sa nouvelle femme. Rappelez-vous, pour Alonzo, connaître Dieu était plus une question de faire pour lui, que de lui répondre comme à un Ami et un Père.
« Il est de ton devoir de le faire », disait Conscience.
« Tu ne le feras pas comme il faut. Tu seras gêné et perplexe ; tu ne peux commencer ce soir », disait Méfiance.
« Encore », répéta Conscience, « il est de ton devoir de le faire. »
« Tu ferais mieux d’attendre un jour ou deux jusqu’à ce que tu sois installé. Ce sera beaucoup plus facile, et plus agréable », dit un esprit menteur de dérobade et de retardement.
« Il est de ton devoir de le faire ce soir, » murmura à nouveau Conscience.
Distrait par ces pensées contradictoires, Alonzo coupa court à leurs clameurs en se disant qu’il ne pouvait commencer ce soir-là, et se dépêcha de rentrer ; et les murmures de Conscience diminuèrent, et se turent bientôt complètement.
Alonzo ne pensait pas être irrésolu ; il n’avait pas l’intention d’être dans l’embarras, ou d’envisager des choses telles que la prière comme un devoir et une épreuve. Cependant, il s’était permis de vivre et de respirer ainsi depuis si longtemps, qu’il ne pouvait presque pas réagir autrement. Mais s’il avait cultivé une vraie relation avec Dieu, basée sur l’honnêteté, l’intégrité, la confiance et l’obéissance, ce qui lui semblait la tâche la plus difficile au monde n’aurait pas seulement été surmontable, mais une nourriture pour son esprit.
Plus Alonzo trouvait difficile de commencer, plus il reportait. Un mois passa, et le « devoir » continua à être négligé. Son plan était de lire la Bible chaque jour, mais cela lui semblait plutôt maladroit de s’asseoir devant sa femme et de la lire silencieusement et seul, donc il négligea cela peu à peu, aussi. La nuit, en se mettant au lit, il offrait comme d’habitude une brève prière, sorte de compromis à Conscience pour l’inciter à le laisser se reposer en paix. Il n’était cependant pas heureux de sa vie, vivant dans un continuel compromis. L’inquiétude et l’anxiété remplissaient de plus en plus son cœur. Un soir, un voisin passa le saluer. Il partagea avec Alonzo des vérités simples et sincères. Alonzo s’arma de courage et demanda à son voisin s’il pouvait le visiter lui et ses amis pour l’aider à connaître les voies de Dieu plus clairement. L’homme fut ravi de l’inviter à venir le lendemain soir discuter davantage de ces questions de Vie.
Alonzo et sa femme résolurent tous deux d’y aller, et ils arrivèrent en début de soirée et trouvèrent qu’il y avait déjà un bon nombre d’autres personnes. Bien qu’il soit gênant, au premier abord, que d’autres connaissent leur besoin, ils décidèrent rapidement, sans en discuter entre eux, de ne pas laisser les questions terrestres d’orgueil les détourner d’une question si profondément et infiniment importante. La participation de ceux qu’ils n’avaient jamais rencontrés ne serait qu’un avantage, s’ils étaient aussi amis de Dieu.
Bientôt, un homme partagea une pensée qui lui était venue alors qu’il parlait au Père de la soirée qu’ils allaient passer ensemble.
« La question la plus importante que vous pouvez vous poser sur vous-même est : « Suis-je l’ami ou l’ennemi de mon Créateur ? Maintenant, il n’y a probablement personne ici qui se sente vraiment l’ennemi de son Créateur, et pourtant, il est très probable que quelques-uns ici soient vraiment des ennemis de Dieu.
« Dieu veut, à juste titre, que nous l’aimions tous; c’est-à-dire, que nous ayons une affection personnelle pour Lui et que nous agissions en conséquence. Ceux qui ne le font pas, IL les considère comme n’appartenant pas à sa famille spirituelle. Ils sont Ses ennemis. Non pas qu’ils soient employés directement et intentionnellement pour s’opposer à Lui - ils ne manifestent peut-être aucune réelle hostilité - mais dans leur cœur, ils ne l’aiment pas. Pour déterminer, par conséquent, si nous sommes amis ou ennemis de Dieu, nous devons établir si nos cœurs sont dans un état d’amour ou de haine envers Lui.
« Certains d’entre vous se disent pendant que je fais ces remarques, ‘je suis sûr que j’aime Dieu dans une certaine mesure, même si je sais que je ne L’aime pas autant que je devrais. Je Le prie, j’essaie dans certaines choses de faire mon devoir, je suis (dans une certaine mesure au moins) reconnaissant pour sa bonté, et je ne peux ressentir en moi la preuve d’un sentiment d’antipathie ou d’hostilité. »
L’homme avait raison, au moins dans un cas, car c’étaient exactement les pensées qui traversaient l’esprit de Alonzo.
« Maintenant, c’est une chose difficile à dire, » continua-t-il, « quel est l’état de nos cœurs ; ou plutôt, c’est une chose très courante d’être trompé à ce sujet. Je vais vous dire comment,
« D’abord, nous prenons l’approbation pour de l’amour. Nous ne pouvons nous empêcher d’approuver le caractère de Dieu. Nous ne pouvons nier Son excellence de justice, de miséricorde et de sainteté, pas plus que nous ne pouvons nier la netteté d’une ligne droite que nous regardons. Cette façon d’approuver est une décision de l’intellect ou du sens moral, qui est totalement indépendante des convictions du cœur. Je demandais une fois à un jeune homme s’il pensait aimer Dieu, ‘Oh oui’ at-il dit, ‘Je crois certainement que notre Créateur est digne de toute notre louange et de gratitude.’ Il était complètement aveugle à toute distinction, vous voyez. Il pensait que son Créateur était digne. Bien sûr, il ne pouvait s’empêcher de penser ainsi. La question n’est pas que Dieu soit digne d’amour et de gratitude, mais que nous ayons vraiment ces sentiments dans nos cœurs. Maintenant, il est très possible que si vous regardez honnêtement dans vos cœurs, vous trouviez que votre soi-disant amour pour Dieu n’est qu’un rhume, une confession intellectuelle de l’excellence de son caractère. Cela peut exister sans aucun sentiment personnel d’affection pour Lui.
« La seconde illusion est similaire. Nous prions et nous faisons un effort pour limiter notre attention à nos prières, ou plutôt, pour penser à ce que nous disons. Nous faisons cette erreur pour ressentir vraiment les désirs que nous exprimons. Je ne doute pas que beaucoup d’entre vous soyez habitués à prier et que vous vous efforciez souvent de limiter votre esprit à ce que vous dites. Maintenant, vous pouvez faire tout cela, sans avoir dans le cœur un désir réel pour le pardon, la sainteté, et les autres bénédictions que vous recherchez. En fait, le véritable effort pour limiter votre esprit révèle, ou plutôt indique très fortement, que le cœur est ailleurs ; car l’esprit va facilement où se trouve le cœur et y demeure avec très peu d’effort.
« Une autre illusion est semblable à la précédente. C’est de remercier Dieu sans reconnaissance. Nous voyons qu’Il est notre Protecteur et le ‘Dispensateur de toutes bonnes choses’ et qu’Il mérite notre gratitude. Nous disons cela et nous nous sentons satisfaits, sans réfléchir que c’est très différent d’une réelle gratitude.
« Par exemple, nous pouvons nous lever le matin, regarder le paysage agréable face à nous et penser à notre maison confortable, à nos amis et à tous les moyens de bonheur que nous avons maintenant pour en profiter un autre jour. Nous sentons qu’ils amènent une sorte de satisfaction que nous prenons pour de la reconnaissance, du fait que nous savons que ces choses viennent de Dieu. Nous pensons donc souvent être reconnaissants, quand le seul sentiment est une reconnaissance agréable du plaisir apprécié. Nous pouvons faire la différence dans ce sens. La fausse gratitude n’a aucun effet sur la conduite, tandis que la réelle gratitude va nous conduire à prendre plaisir à faire la volonté de notre Bienfaiteur. Même une tâche pénible deviendra agréable, car nous aimons toujours offrir un sacrifice à celui qui a été bon pour nous, si nous sommes vraiment reconnaissants envers lui. »
A cet instant, Alonzo se souvint du soir où il avait emménagé dans sa nouvelle maison. Il pensait être reconnaissant à Dieu, mais ne pouvait se résoudre à le Lui dire. Soit dans la prière ce soir-là avec sa nouvelle épouse, soit dans le lieu paisible de son cœur.
« En un mot », poursuivit l’homme ; « Nous prenons les convictions de notre esprit et les vibrations de nos émotions pour une véritable impulsion de nos cœurs, ou de nos esprits. Je vais vous donner maintenant quelques indications qui montrent qu’une personne n’aime pas Dieu dans son cœur, même si son esprit a raison de respecter Son caractère et Sa bonté.
« Il déteste Dieu quand ses sentiments ne vont pas spontanément et de manière agréable vers Lui. Un parent a dit à son enfant : ‘As-tu déjà ressenti, en pensant à quelqu’un que tu aimes et qui est loin de toi, que tu pouvais l’atteindre avec ton cœur ? C’est comme si la distance entre vous était réduite, alors qu’en réalité il n’en est rien ? D’un autre côté, quand tu penses à quelqu’un que tu n’aimes pas, ton cœur se retire et semble s’éloigner de lui.’ Maintenant dites-moi, vers laquelle de ces voies votre cœur est-il disposé quand vous pensez à Dieu ? »
Alonzo se rappela, quand il travaillait sur la colline ou dans la forêt lointaine, combien ses pensées et ses affections allaient vers sa femme et sa maison et restaient avec elle. Il vit clairement que son cœur n’avait jamais cherché Dieu de cette manière.
« Une autre preuve de notre manque d’amour pour Dieu se voit lorsque nous fuyons Sa présence dès que nous le pouvons. Nous coupons court à notre temps de prière avec Lui, et nos pensées rebondissent vers notre entreprise ou nos plaisirs comme si nous avions dû faire des efforts pour les fixer sur Dieu pendant quelques minutes. Il en est de même, quand obéir à Dieu est fatiguant, et que la communion secrète avec Dieu est un problème. »
Alonzo pensa que cet homme sage décrivait exactement ses sentiments.
« En outre, c’est mis en évidence quand nous rechignons à accepter rapidement la justice de Dieu et Sa décision terrible de punir le péché. Au lieu de cela, nous revendiquons le droit de juger les actes d’un Dieu Juste comme étant cruels ou injustes. Cela provient du fait que nous ne voyons pas clairement notre méchanceté, et que nous permettons à notre point de vue d’être la norme du bien et du mal. Tout comme un prisonnier condamné est choqué par ce qu’il appelle la cruauté du gouvernement à exécuter un criminel condamné.
« Maintenant, à l’aide de ces tests, aimez-vous Dieu ou Le détestez-vous ? »
Il était clair par leurs réactions, que la plupart se sentaient condamnés. L’homme perçut qu’ils plaidaient coupables. Il termina ses pensées par ces mots : « Vous devez aimer Dieu. Il vous ordonne de le faire. Vous auriez dû L’aimer toute votre vie ; vous devez L’aimer maintenant. Il pardonnera tout le passé pour l’amour de Son Fils, et fera Sa demeure en vous pour l’avenir par Son Esprit Vivifiant, si vous tournez simplement vos cœurs vers Lui. Recherchez la paix avec votre Créateur sans délai ».
« Je vais le faire », pensa Alonzo, tandis qu’ils s’agenouillaient une fois encore pour prier ensemble. Un autre homme prononça des paroles de pénitence, de gratitude et d’affection, mais Alonzo perçut que son cœur ne suivait pas, malgré sa détermination. Plus il essayait de se forcer à aimer Dieu, plus il comprenait clairement les distinctions que l’homme avait décrites, et plus il lui était douloureusement évident de ne pas avoir un cœur qui aime Dieu. Il se releva en pensant, à la fois avec impatience et désespoir : « Je ne L’aime pas, et je ne peux pas L’aimer. Que dois-je faire ? »
Pendant plusieurs semaines, Alonzo fut très découragé et affligé. Il voyait de plus en plus clairement qu’il n’aimait pas Dieu, et qu’il ne l’avait jamais aimé. Conscience le grondait et il n’était pas en paix. Pourtant, il ne venait pas céder son cœur à son Créateur. Il pensait qu’il voulait le faire, comme s’il était possible pour de vouloir aimer, sans aimer. Il luttait, mais lutter n’était pas agréable. Ce que Dieu nous ordonne c’est de L’aimer, pas de lutter contre notre haine envers Lui Il mit en place une double surveillance sur sa conduite : il était plus régulier dans ses prières, plus attentifs aux Écritures, et à tout moyen d’instruction ; mais rien ne semblait être bon. Son cœur était encore éloigné de Dieu, et il lui semblait devenir de plus en plus aliéné.
Il éprouvait trois grandes difficultés, et qui le rendaient perplexe et le troublaient à l’extrême.
D’abord, il lui semblait vraiment qu’il ne pouvait changer son cœur ; il ne pouvait se forcer à aimer Dieu et à se repentir du péché. Il ne pouvait non plus retenir les sentiments mauvais et méchants, qui, souvent, faisaient rage en lui, à l’occasion de la tentation. Il semblait vraiment à Alonzo que son cœur méchant était trop fort pour lui. Cette pensée, cependant, le rendait mal à l’aise. Conscience le grondait d’autant plus d’être dans un tel état d’âme envers Dieu.
Deuxièmement, plus il y pensait, et plus il essayait de se rendre apte au ciel, plus il trouvait toute sa supposée bonté creuse et superficielle et hypocrite. Les yeux d’Alonzo avaient été ouverts à la norme juste de Dieu et son cœur avait échoué au test. Sa soi-disant reconnaissance et sa pénitence, ses prières, et toutes les vertus dont il était fier, se révélaient nées de la chair, et non de l’esprit. Elles coulaient d’un esprit et d’une volonté dépravés, non d’un humble serviteur du Dieu Très-Haut.
Troisièmement, comme il essayait de corriger ses mauvaises habitudes, il découvrit que son péché était plus profond qu’il aurait pu imaginer. Car chaque péché qu’il essayait de déraciner révélait qu’il pouvait en réaliser une douzaine de plus. En fait, l’Esprit de Dieu était venu demeurer en lui, et de même qu’une lumière fait apparaître les petits défauts presque invisibles dans l’obscurité, l’Esprit exposait les corruptions et les péchés qu’il n’avait jamais imaginé sommeiller dans son cœur. Il était autrefois vivant sans la Loi, mais quand le commandement vint, le péché reprit vie et il mourut. Son cœur fondait en voyant son triste état spirituel. En un mot, Dieu avait ouvert les yeux d’Alonzo au fait que les excellentes qualités de caractère que son environnement avait produites en lui étaient extérieures et superficielles, et qu’il était, dans son cœur, l’ennemi de Dieu et l’esclave misérable et impuissant du péché.
Bien qu’Alonzo était ainsi, dans une certaine mesure, conscient de l’état de son cœur, cette condition ne changea pas. Son problème était qu’il détestait toujours Dieu et aimait le monde et le péché, mais il craignait un jugement à venir. Cependant, au lieu de se tourner entièrement vers Dieu et de lui donner son cœur, il se tenait toujours à l’écart, aliéné et misérable. Il avait certaines excuses, avec lesquelles il se trompait inconsciemment et apaisait peu à peu sa conscience pour avoir la paix. Puis un jour, il parla à un homme qui était ami de Dieu et Le connaissait bien. Il lui décrivit ses excuses et reçut les réponses. Ces excuses, et les réponses faites, étaient en substance à peu près ce qui suit:
« Monsieur, je sens vraiment que je suis un très misérable pécheur, mais je ne sais que faire. Je cherche Dieu depuis de nombreuses années, et plus je le cherche, plus il me semble que je suis loin de lui. »
« Que peux-tu faire de plus ? », déclara l’ami.
« Je suis sûr que je ne peux rien faire de plus », répondit Alonzo.
« Alors pourquoi ton cœur ne parvient-il pas à se reposer tranquillement avec la conscience d’avoir été fidèle à tout ce que Dieu vous a demandé ? Dieu ne demande rien de plus ».
Alonzo baissa la tête. Il remarqua l’absurdité de son excuse. Car Dieu est trouvé par ceux qui Le cherchent sérieusement - qui Le cherchent vraiment.
« Non, » dit son ami de confiance, « tu montres par cette remarque combien ton cœur t’a trompé facilement et totalement. Même si ta conscience témoigne que tu détestes Dieu et Lui désobéisses, et que ton esprit te culpabilise sans cesse de sorte que tu ne peux être en paix, tu es encore capable de me dire que tu as fait et fais tout ce que Dieu exige ».
Alonzo soupira. C’était entièrement vrai.
« Je le sais, » dit-il. « Ce que vous dites est vrai. Je trouve toujours une nouvelle preuve de la corruption et de la séduction de mon cœur. Je veux vraiment le changer, mais il me semble que je ne peux ».
« Tu parles comme si ton cœur était une personne et toi, une autre. Par conséquent, tu es innocent, et tout le blâme repose sur ton cœur, qui t’a corrompu au-delà de ta volonté. Mais cela ne peut être vrai. Après tout, quel est ton ‘cœur’ ? Il n’est pas différent de toi, de ton caractère moral et de tes sentiments moraux, ils sont une seule et même personne. Parler d’une lutte entre toi et ton cœur est une absurdité complète, car ils sont une même personne. Le vrai combat, s’il existe, est entre toi et Dieu et Ses Voies. Il t’ordonne de Lui donner ton cœur - c’est-à-dire ton cœur, ton âme, ton esprit, et ta force - et la vérité est que tu ne veux pas ».
« Je comprends ce que vous dites, mais il me semble que je n’y peux rien. Je sais que je n’ai pas donné à Dieu mes affections, qu’elles sont toujours à la recherche du monde et du péché, mais il me semble que je n’y peux rien », cria Alonzo.
« Ces affections, pour lesquelles tu ne peux rien, admets-tu que ce sont des sentiments mauvais ? », dit l’homme.
« Oui, monsieur, je sens et je sais qu’ils sont mauvais, et c’est ce qui me rend malheureux. »
« Alors, tu es plus coupable que je croyais. Que dirais-tu si tu connaissais un homme qui confessait avoir un désir si incontrôlable de voler ou de tuer qu’il ne peut s’empêcher de commettre sans arrêt ces crimes ? Penserais-tu qu’il soit pire ou meilleur que ceux qui pêchent occasionnellement sous une forte tentation ? »
« Mais je lutte contre les sentiments et ne peux les vaincre », dit Alonzo.
« Et suppose que l’homme que je viens de décrire te rencontre dans un endroit isolé, et te dise qu’il doit te voler et t’assassiner ; qu’il a lutté contre cette forte envie, mais que c’était plus fort que lui. Que penserais-tu de lui ?
Pourquoi manifestement, c’est qu’il est un homme extrêmement dépravé. Plus la lutte est grande, plus grande est la preuve que la méchanceté ne peut être surmontée. Tu dois te concentrer sur l’obéissance à Dieu, et non pas sur la façon dont tu te sens. » répondit l’homme.
« Je crois que vous avez raison. Mais que puis-je faire pour changer ? Il me semble que je veux me repentir du péché et l’abandonner ... mais ... »
« Mais tu ne le fais pas, et donc, cela prouve que tu ne veux pas réellement le faire. Tu n’es pas obligé de céder à ta nature pécheresse, tu choisis d’obéir à ta chair. Dire que tu veux te repentir, sans le faire, est autant une contradiction que de dire que te es désolé de quelque chose qui te rend vraiment heureux. Encore une fois, ton cœur te trompe. Ce que tu veux vraiment sont les avantages de la repentance sans son coût. La pensée d’être rempli de la vie de l’Esprit du Père, libre de la culpabilité du péché et d’être capable de marcher en paix, te semblent bon. Mais d’avoir à regarder ton visage dans le miroir, d’admettre humblement le besoin d’un Sauveur, et d’abandonner effectivement le plaisir temporaire de ce péché pour obéir à Jésus, est une pensée repoussante pour toi. Et parce que tu ne peux avoir l’un sans l’autre, tu es perturbé et affligé ».
Alonzo regarda dans son cœur et vit de suite que c’était vrai. Il aspirait à la paix de l’esprit, au soulagement de sa conscience qui le harcelait, à la réputation d’être un chrétien fort et mûr, et à l’assurance de la sécurité et du bonheur après la mort. Mais, en vérité, il se rendait compte qu’il ne désirait pas la repentance elle-même ; c’est-à-dire, obtenir une relation juste avec Dieu. C’était un moyen désagréable d’obtenir une fin souhaitable. Il se tut pendant un instant, puis il dit en soupirant, « Oh, comment j’aimerais pouvoir recommencer ma vie. Je vivrais d’une manière très différente ».
« Cette remarque montre combien tu connais peu la vie ou ce que signifie d’avoir une relation avec Dieu. Dieu ne s’intéresse pas à ce que nous « fassions bien les choses » la première fois, car nous ne pouvons nous présenter suffisamment parfait pour gagner la faveur de Dieu. Il veut que nous reconnaissions notre besoin de Lui, et que nous nous tournions humblement vers Lui.
Si tu devais recommencer ta vie, sans aucun doute tu finirais par être comme maintenant », dit son ami.
Alonzo vit que c’était la vérité. Il avait honte d’avoir exprimé un tel souhait, et enfin demanda, d’un ton triste, si cet homme pouvait dire quelque chose pour l’aider ou le guider.
« Je ne sais pas ce que je peux faire », fut la réponse. « Ce que tu sais n’a pas d’importance. Si ton désir est de vivre dans le péché et l’aveuglement, alors aucun bon conseil ne peut te changer. Ce n’est pas ta compréhension qui doit changer, mais ton cœur ».
« Cependant, » poursuivit l’homme, « je vais te poser une question. As-tu bien compris ce que signifie ce verset : ‘En ignorant la justice qui vient de Dieu et en cherchant à établir leur propre justice, ils ne sont pas soumis à la justice de Dieu. Christ est la fin de la loi, de sorte qu’il peut y avoir justice pour quiconque croit’ ». (Romains 10: 3-4)
« Non, monsieur, je n’y ai jamais pensé particulièrement », déclara Alonzo, « Tu sens, dans une certaine mesure, le désespoir de ton état si Dieu te livrait à toi-même. Tu as négligé l’appel de Dieu tous les jours. Au lieu de Le chercher avec un cœur humble, tu as vraiment essayé d’être parfait pour gagner Sa faveur. Tu as été dissuadé et découragé par ce travail sans espoir, car plus tu t’efforces de réparer ta personne, plus sa corruption inhérente et sa dépravation sont profondes et extrêmes.
« Tu es comme un homme qui tente de réparer une maison qui se délabre », poursuivit l’homme, et en disant ces mots, il prit derrière lui un petit volume sur une étagère derrière lui, et lut le passage suivant :
Le pécheur qui cherche à établir sa propre justice, est comme un homme qui cherche à réparer sa maison qui se délabre. Quand il commence, l’extérieur semble assez bon. Il semble que quelques clous pour serrer ce qui est branlant, un nouveau revêtement de sol, et ici et là une nouvelle couche, redonneront du confort ; et qu’en y ajoutant du papier peint et de la peinture pour donner une décoration superficielle appropriée, tout ira bien, ou du moins, que son bâtiment sera aussi bon que celui de son voisin. Quand il commence, cependant, il trouve qu’il y a un peu plus à faire que prévu. La première planche qu’il supprime pour la remplacer, révèle quelque chose de pire. Il enfonce un clou pour serrer un bardeau, et il rentre dans un bois pourri, qui ne tient pas. Il enlève plus, un peu à la fois, en espérant à chaque fois en finir avec ce qui est défectueux, mais il trouve que plus il en fait, plus il se sent dissuadé et découragé. Il ne peut effectuer les réparations aussi rapidement qu’il en trouve de nouveaux à faire. Enfin, il trouve avec déception que chaque poutre est pourrie, chaque chevron est vermoulu et pourri, les poteaux pulvérisés par la pourriture sèche, et les fondations fissurées et chancelantes. Il n’y a aucun point solide pour commencer à faire ses réparations ; aucune fondation sur laquelle construire. La restauration de la maison pour la renforcer et l’embellir ne peut jamais être terminée ; si c’était possible, la dépense dépasserait de loin ses moyens financiers. Son bâtiment semble au plus mal depuis qu’il a cassé sa façade superficielle. Il n’a mis au jour que la corruption qu’il ne peut plus supprimer ou réparer. Le seul espoir à ce stade est de démolir la maison, poser de nouvelles fondations, et reconstruire la maison de la bonne façon.
« Maintenant, est-ce la description de tes efforts et de tes déceptions durant ces derniers mois ? »
« Exactement », déclara Alonzo.
« Et ton cas est désespéré, si Dieu te livre à toi-même. Tu ne peux être sauvé. Cela ne veut pas dire que tu ne peux pas être l’enfant de Dieu, si tu le souhaites, mais tu ne peux venir parce que tu n’as pas la volonté de L’aimer.
« Maintenant, étant donné ton état, tu as besoin d’un Sauveur. Il y en a un pour toi. Si tu le désires, tu peux venir et t’unir avec Lui. Si tu le fais, par Ses souffrances et Sa mort, tu seras pardonné gratuitement. La responsabilité du passé, la dette pour ainsi dire, sera coupée. Le Sauveur assume tout ce fardeau et tu deviens libre. En venant et en te donnant entièrement à Lui, tu amènes ta vie passée à sa fin, et tu commences une nouvelle vie spirituelle, qui vient de l’union avec Lui. Le fardeau de la culpabilité passée est comme une lourde chaîne que tu as traînée jusqu’à ce qu’elle soit trop lourde pour être supportée plus longtemps. L’union avec Christ la brise d’un coup, et tu avances libre et heureux, pardonné de tout le passé, et pour l’avenir, bénéficiant d’une nouvelle vie spirituelle que tu tires de Lui. En un mot, tu abandonnes ta propre personne ; avec les sentiments d’un homme qui abandonne une épave et se réfugie en Jésus-Christ qui te donnera la puissance de Le recevoir et d’obtenir le pardon pour votre passé, et la force pour l’avenir, par le biais de Sa propre justice et de Ses souffrances. »
Alonzo avait entendu la voie du salut par le Christ expliquée une centaine de fois auparavant, mais cela lui semblait toujours un mystère, comme c’est toujours le cas pour ceux qui n’ont jamais vu leurs péchés et ressenti le désespoir total de leur condition morale. Tant que l’homme est trompé sur son vrai caractère, il ne désire pas de Sauveur, mais quand Dieu ouvre ses yeux et qu’est exposée sa corruption profondément enracinée, quand il sent les chaînes du péché le tenir d’une poigne implacable dans la servitude sans espoir, alors il trouve ce total abandon de soi et cette humble dépendance à un Divin Rédempteur dont les souffrances passées l’ont racheté, et qui fournira une nouvelle vie spirituelle pour le guider dans l’avenir. Il estime que cette perspective lui ouvre le refuge dont il a besoin.
Alonzo tomba face contre terre, et invoqua le Messie, Jésus de Nazareth, pour pardonner son mal, guérir son misérable cœur et prendre en charge sa vie dans tous les domaines. Il voyait maintenant qu’il était incapable et que le Maître était fort, aimant, et sage. Il comprenait les sentiments que le souverain éthiopien avait dû ressentir quand il avait découvert l’Histoire et l’Appel du Serviteur Souffrant, et le désir de recommencer le submergea.
Tandis qu’Alonzo rentrait chez lui après cette discussion, son cœur demeurait avec délice dans l’amour de Christ pour les hommes en s’arrangeant pour prendre des pécheurs perdus dans une telle union avec Lui. Son cœur débordait. Il n’y avait aucune lutte à sentir cet amour et cette gratitude. C’était le chaud et spontané mouvement de son âme qu’aucune lutte n’aurait pu étouffer. Il aspirait à une occasion de faire quelque chose pour prouver sa gratitude. C’était le soir, et il attendait avec plaisir l’occasion de convoquer sa famille pour lui parler de Dieu. Il avait envie de parler à sa famille du nouvel esprit d’amour qui brûlait en lui, peu importe les conséquences.
En marchant, son cœur se cramponnait au Sauveur avec un sentiment de bonheur tranquille. Autrefois, il pensait qu’il L’aimait ; maintenant il savait qu’il L’aimait. Il voyait « Dieu en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même, » et le Sauveur qu’il voyait était tout en tous.
Quand il ouvrit sa Bible, de vieux passages familiers qui lui avaient toujours semblés étranges et incompréhensibles, brillaient d’un nouveau sens :
« Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous. » « Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. » « Je suis crucifié avec Christ, et pourtant je vis, mais la vie que je vis maintenant dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est donné pour moi ».
Après cela, Alonzo fit davantage d’efforts pour obéir à Dieu qu’auparavant, mais c’était pour un but différent et d’une manière différente. Avant, il tentait d’établir sa propre justice, de manière à se tenir pour le ciel. Il abandonnait tout cela maintenant, ayant de l’espoir seulement en Christ - dans la miséricorde imméritée de Christ. Il faisait de grands efforts pour croître dans la grâce et pour faire du bien aux autres, mais c’était maintenant tout simplement parce qu’il aimait le faire. Auparavant, il faisait ces efforts comme un moyen désagréable mais supposé nécessaire à une fin souhaitée. Maintenant, il espérait arriver à cette fin d’une autre manière, et il faisait ces efforts parce qu’ils étaient charmants en eux-mêmes. Il était, en fait, une nouvelle créature - une « nouvelle créature en Jésus-Christ » ; changée non par ses vains efforts pour établir sa propre justice, mais par les influences de l’Esprit Saint, changeant fondamentalement les désirs et les affections de son âme intérieure.
Si votre but est de vous adapter secrètement ou ouvertement à vos bonnes actions pour l’approbation de Dieu, et donc d’obtenir un pardon pour vos péchés ; plus vous continuerez et plus vous ferez d’efforts, plus vous serez dissuadé et découragé. Votre progression en découvrant la corruption et la dépravation de votre cœur retardera votre succès à le corriger ou le réparer. La tâche désespérée peut ainsi bien être abandonnée au début qu’à la fin. Venez d’abord au Sauveur. Abandonnez-vous, votre personnage et tous les espoirs que vous pouvez avoir fondés. Unissez-vous avec Christ comme le sarment est uni à la vigne ; pour être soutenu par un dynamisme commun. Ce sera bien sûr une nouvelle vie pour vous, une vie spirituelle sans laquelle toute excellence est superficielle, tout espoir de bonheur éternel sans fondement, et toute véritable paix et tout plaisir inconnus.